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CENTIÈME ANNIVERSAIRE
DE
FONDATION DE UACADÉMIE ROYALE
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SCIENCES , DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUE.
-~ ^^fADÉMÏE KOYALE DE BELGIQUE
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CENTIEME ANNIVERSAIRE
DE FONDATION
(1772-1872)
TOME SECOND
F. HAÏEZ, IHPRUUSUR DE LAGADÉMIE ROYALE DE BELCI(JUE 1872
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DE L'ASTRONOMIE
DANS
L'ICADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE
RAPPORT SÉCULAIRE
(< 772-1872)
PAR
ÉD. MAILLY.
1 ,
CORRESPONDANT DE L ACADEMIE
DE L'ASTRONOMIE
DANS
L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE.
PREMIÈRE PÉRIODE
(1772-1794).
I
Les membres regnicoles et étrangers de TÂcadémie impériale et royale des sciences et belles -lettres de Bruxelles, qui se sont occupés d'astronomie ou qui ont pris intérêt à cette science. — L*ablié Necdham; labbé Che- Taiier; N. Pigott; Messier; Tabbé de Marci; Tabbé Mann; Lalande; Bour- Doos; Van Swinden; le comte de Brûhl; le baron de Zacb; de Magellan; le marquis de Chabert.
Vers la fin de l'année 4768, Tastronomc de l'Académie des sciences de Berlin, Jean BemouUi, se rendit à Londres par la Belgique. Arrivé dans la métropole anglaise, il écrivait le 8 dé- cembre à un ami : « Le Brabant et la Flandre, que j'ai traversés pour la seconde fois en quittant Dusseldorf , ne m'ont rien offert de remarquable; il est vrai que je ne me suis arrêté qu'à Bruxelles, où nous avons resté sept à huit jours. Je n'ai pas besoin de vous dire que cette ville dispute le pas pour la beauté de plusieurs établissements, à quelques-unes des principales villes de l'Europe; mais on peut d'autant plus s'étonner que
4 CLASSE DES SCIENCES.
personne n'y sente les attraits de l'astronomie. Le prince Charles (de Lorraine) protège les sciences, il accueille les nouvelles inven- tions, il augmente tous les jours son riche cabinet d'histoire naturelle; peut-être voudra-t-il un jour encourager aussi l'astro- nomie et chercher à la faire fleurir dans les Pays-Bas autrichiens, comme en Autriche même (*). »
BernouUi ne pouvait manquer de s'intéresser à la Belgique : sa famille était originaire d'Anvers, et, comme tant d'autres, avait quitté notre pays pour se soustraire aux persécutions du duc d'Albe (*). Le jeune astronome de Berlin n'ignorait pas que sa science favorite avait été jadis en grand honneur parmi nous, et il dev$|it s'affliger de la voir ainsi négligée. On aurait pu croire que l'établissement de la Société littéraire, en 1769, et l'érection de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres, en 1772, raviveraient le goût de l'astronomie chez les Belges : il n'en fut rien. Les observations qui furent faites , les travaux qui parurent dans les Mémoires de l'Académie, vinrent de savants étrangers dont l'éducation avait été achevée dans des pays mieux favorisés que le nôtre. Puisqu'ils nous apportèrent le tribut de leurs connaissances, il est juste que leur souvenir soit conservé.
L'abbé John Turberville Needham avait été appelé de Paris pour diriger la Société littéraire : c'était un physicien distingué, membre de la Société royale de Londres et correspondant de l'Académie des sciences de Paris. Né à Londres, en 1713, il avait été successivement directeur de l'école catholique de Twyford,
(') Lettres astronomiques , où l'on donne une idée de Vétat actuel de l'astronomie pratique dan$ plusieurs miles de l'Europe, par M. Jean Bernoulli, i vol. in-i2. A Berlin, 4771.
(') Jacques Bernoulli ( mort en iK85) quitta Anvers et s^établit à Francfort. Un petit-fils de celui-ci, portant le nom de Jacques également, alla demeurer, en 1622, à Bàle: son fils aîné eut onze enfants, dont le cinquième, Jacques, et le dixième, Jean, ont fondé Tillustration de la famille. Le fils de Jean fut professeur à l'Univer- sité de Groningue, et son petit-fils, l'astronome de Berlin dont il est question dans le texte.
I
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLV. 5
près de Winchester, et professeur au collège anglais à Lisbonne (vers 1744). De 1781 à 1767, il avait voyagé en France et en Italie avec de jeunes seigneurs anglais et irlandais dont Téduca- tion lui avait été confiée; puis il s'était retiré dans le séminaire anglais de Paris, où il vivait occupé exclusivement de travaux scientifiques, quand il reçut et accepta les offres avantageuses qui lui étaient faites par le comte de Neny, pour s'établir à Bruxelles : il arriva dans cette ville le 23 mars 1769 et y mourut le 30 décembre 1781.
L'abbé Needham n'était pas astronome, mais, comme tous les hommes supérieurs, il appréciait Tutilité et les avantages de l'astronomie. Son séjour à Londres, à Paris, à Lisbonne, et ses voyages en Italie avaient du le mettre en rapport avec les som- mités de la science ; et l'on ne peut douter qu'il n'ait exercé une grande influence sur les choix qui furent faits par l'Académie de Bruxelles.
Le premier astronome que nous rencontrons sûr la liste des membres de l'Académie est l'abbé Chevalier (Jean-Baptiste) ; il avait été élu membre de la Société littéraire, le 16 octobre 1770. Le Journal des séances porte : « M. l'abbé Chevalier, membre de la Société royale de Londres, correspondant de l'Académie des sciences de Paris , présentement bibliothécaire de la Biblio- thèque royale, ayant demandé une place à la Société littéraire, on fit l'élection dans la forme accoutumée : son admission fut résolue et présentée à l'agréation de S. A. R. » Le Journal des séances anticipe ici sur les temps : l'abbé Chevalier ne fut nommé bibliothécaire qu'en 1772. On lit dans la Relation du prince Charles de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas, à rimpératrice Marie-Thérèse, en date du 7 avril 1772 : «... Il est de toute nécessité d'établir un bibliothécaire zélé et intelli- gent... Je crois, avec le ministre (de Kaunitz) devoir proposer à Votre Majesté l'abbé Chevalier, l'un des membres de la Société littéraire, et que le chancelier (de Cnimpipen) propose également comme le sujet le plus convenable. L'abbé Chevalier est en effet
6 CLASSE DES SCIENCES.
un sujet de mérile, connu dans la république des lettres, et qui a déjà un état, jouissant d'un canonicat du chapitre de Leuze ^ qui lui a été conféré par le duc d'Aremberg, qui le protège et le tient chez lui. » II est vrai, comme l'ajoute le prince Charles ^ que c< par zèle » l'abbé Chevalier avait c< déjà travaillé à Texa— men des livres de la Bibliothèque et au catalogue qui en avait été formé. » On sait très-peu de chose de la vie de l'abbé Che- valier. Le livre des donateurs de la Bibliothèque de Bourgogne nous apprend qu'il était Portugais : il y figure sous le nom de Joan. Bapt. Chevalier, Lusitanus, Acad. Bruxel. Socius. Dans une lecture faite à l'Académie, en janvier 1783, il nous fait' con- naître qu'il avait observé le passage de Mercure sur le soleil, du 6 mai 17S3, à Lisbonne. Il y avait également observé l'éclipse de soleil , du 26 octobre de la même année ('). Lalande signale sa mort survenue en iSOl, par ces mots : « M. Chevalier, orato- rien, est mort à Prague. Il avait fait des observations utiles à Lisbonne, en 1759, et à Bruxelles ('). » L'abbé Chevalier avait émigré en \ 794.
L'Académie tint sa première séance le 13 avril 1773 dans la salle de la Bibliothèque royale (') : Needham et Chevalier en faisaient partie, comme ayant appartenu à la Société littéraire. Le 25 mai suivant, MM. Pigott et Messier furent élus membres étrangers, et M. de Marci, membre regnicole. Ils avaient été proposés dans la séance du 13 avril. On lit à cette dernière date dans le Journal des séances : «... Restait le troisième objet, le plus important, l'admission des nouveiuix membres. On avait sous les yeux les ouvrages des candidats; mais ces ouvrages
(*) L*abbé Chevalier devait se trouver à Bruxelles en 1762 : le tome [««• des Métnoires reuferme ud extrait des observations météorologiques faites par lui dans cette ville depuis le commencement do 1763.
(■) Histoire abrégée de l'astronomie, depuis 1781 jusqu'à 1802 > à la suite de la Bibliographie astronomique,
(•) Le duc d'Areraberg fit présent à la Bibliothèque de deux grands globes céleste et terrestre, construits par Coronellî, cosmograplie de la république de Venise, mort en 1718.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 7
demandaient un examen mûr et détaillé auquel une seule séance ne pouvait suffire. M. le président flt partager la besogne^ nomma des commissaires pour faire cet examen et pour en rendre compte à la séance du mois suivant. »
M. Nathaniel Pigott avait été élu, Tannée précédente, membre de la Société royale de Londres : il fut aussi, comme Needham et Chevalier, correspondant de TÂcadémic des sciences de Paris. C'était un gentilhomme anglais, ce qui avait senti les attraits de l'astronomie, » et qui, non content de la cultiver avec succès, sut en inspirer l'amour à son fils, Edouard Pigott. Les Transac- tions philosophiques de la Société royale renferment un grand nombre de mémoires de ces deux amateurs zélés : ils se rappor- tent en partie aux étoiles changeantes et aux étoiles doubles (*). N. Pigott avait observé le passage de Vénus, de 1769, à Caen où ses fils faisaient leurs études académiques. En i778, nous le trouvons dans ses terres, à Ffampton-House, près de Cowbridge dans le Glamoi^anshire, à la tète d'un Observatoire, bâti exacte- ment sur le modèle de celui de Greenwich, et richement pourvu : il y avait, entre autres, un quart de cercle de i ^ pied de rayon. avec deux lunettes de 2 pieds, du célèbre Bird; un instrument des passages, de Sisson, dont l'axe avait 2 pieds de long, et ta lunette 3 pieds ; deux pendules , Tune de Lepaute , l'autre de Magelhaens; deux télescopes, de Short; deux lunettes, de Dol- lond; deux baromètres portatifs, de Ramsden, pour mesurer les hauteurs, etc. ('). Nous parlerons bientôt des travaux exécutés en Belgique par M. Pigott. Voici comment Bernoulli raconte l'origine de ces travaux (•) : « M. Pigott passa par hasard à Bruxelles (4772?) pour se rendre à Spa, lorsqu'on était embar- rassé à trouver quelqu'un pour les observations géodésiques,
(*) Lalande, dans sa Bibliographie cutronomiqne , a confondu quelquefois les travaux du père avec ceux du fils.
(*) Voir dans VÀstronomisches Jahrbuch de Bode pour Tannée 47812, une lettre adressée, le 7 décembre 4778, par Pigott à Jean Bernoulli.
(•) Nouvelles littéraires de divers pai/s, 6™c cahier. Berlin, 4" octobre 1779.
8 CLASSE DES SCIENCES.
parce qu'un astronome étranger auquel on les avait proposées avait fait une demande exorbitante. On s'adressa à M. Pigoll qui se rendit aux instances du gouvernement, renonça à son voyage de Spa , fit venir ses instruments d'Angleterre et employa cinq mois à ces opérations , servi par ses propres domestiques , sans regretter ni peines ni dépenses et uniquement dans la vue d'être utile. Il n'avait jamais été question avec lui de remboursement ; son état et sa fortune le mettant au-dessus d'une rétribution, et c'est apparemment faute d'être instruit de ces détails, qu'on parait faire entendre le contraire dans la Connaissance des Temps, Année 1780, p. 316. » Nathaniel Pigott mourut en 1804.
Le second membre étranger, élu dans la séance du 2S mai 1773, Charles Messier, est trop connu pour qu'il soit nécessaire de nous arrêter longtemps à sa biographie. On sait que, né en 1730, il mourut à Paris en 1817; qu'après avoir été l'aide de J.-N. Delisle, il devint astronome de la marine,, membre du Bureau des Longitudes et de l'Académie des sciences; qu'il décou- vrit, de 1758 à 181 1 , quatorze comètes, et que son Catalogue des nébuleuses et des amas d'étoiles , que Von décotivre parmi les étoiles fixes, sur l'horizon de Paris, publié dans les Mémoires de l'Académie pour 1771, eut un grand succès.
Peut-être n'aurions-nous pas dû citer l'abbé de Marci, pour l'unique observation de la lumière zodiacale, faite à Louvain le 26 février 1777, et communiquée à l'Académie dans sa séance du 9 avril 1777. Quoi qu'il en soit, rappelons que l'abbé de Marci était prévôt de l'église collégiale de Saint-Pierre, et chan- celier de l'université de Louvain (').
Le 7 février 1774, « les suffrages de l'Académie se réunirent en faveur de dom Mann, comme membre ordinaire. » Il avait présenté, le 6 octobre précédent, un Mémoire sur l'ancien étal de la Flandre maritime, sur les changemefits successifs qui y sont arrivés et les causes qui les ont produits; sur la nature
(*) M. de Ram a donne sa biographie succincte dans VAnntMtre de V Académie pour 4845.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLT. 9
de son climat et de son sol; sur les marées de cette côte^ et leur comparaison avec la hauteur de différentes parties du pays adjacent. Doin Mann, plus connu sous le nom de Tabbc Mann , el l'un des hommes qui ont fait le plus d'honneur à l'Académie, était né le 22 juin 1735, dans le comté d'York, en Angleterre. Après avoir abjuré le protestantisme, il avait pris du service dans Tarmée espagnole, puis, dégoûté du monde, il s'était fait chartreux. A l'âge de 29 ans , nous le trouvons prieur de la char- treuse de Nieuport. Treize ans plus tard, en 1777, il vint habiter Bruxelles : le ministre d'Autriche à Rome avait obtenu pour lui une bulle de sécularisation, et le gouvernement lui avait accordé une prébende de l'église collégiale de Notre-Dame à Courtrai, avec des lettres dites de significamus ^ qui le dispensaient de la résidence. De 1784 à 1788, il voyagea en France, en Suisse et en Allemagne. Il était de retour à Bruxelles au mois d'août 1788: la même année, il devint membre de la Société royale de Londres, et l'année précédente (le 23 mai), il avait été élu secrétaire perpétuel de l'Académie, en remplacement de Des Roches. Lors de l'invasion des Pays-Bas par les Français, au mois de novembre 1792, l'abbé Mann se rendit d'abord à Maestricht, et de là en Angleterre. Après avoir reçu à Londres l'accueil le plus flatteur, il revint le 18 avril 1793 à Bruxelles. La seconde invasion française le força de nouveau à partir: il quitta la Belgique, en juin 1794, et ne devait plus la revoir. Après avoir erré d'asile en asile, il s'arrêta en 1797 à Prague, et y mourut le 23 février 1809, à l'âge de 74 ans (*).
En suivant l'ordre de réception à l'Académie, nous rencon- trons Lalande et Bournons, élus le 14 octobre 1776, le premier comme membre étranger, le second, comme membre regnicole. Joseph-Jérôme Le Français de La Lande était né le 11 juil- let 1732. A peine âgé de 19 ans, il était envoyé par l'Académie des sciences à Berlin pour y faire les observations qui devaient
(^) Voir dans le tome VI des Nouveaux Mémoires, l'éloge de Tabbé Mann par le baron de Reiffenberg.
10 CLASSE DES SCIENCES.
servir à déterminer la parallaxe de la lune : à 21 ans il était élu membre de l'Académie , et devenait ensuite professeur d'astrono- mie au collège de France, et directeur de l'Observatoire. II mourut en i807 après une vie des mieux remplies et consacrée presque exclusivement à sa science favorite. Il ne parait pas que Lalande ait fait aucune communication à l'Académie de Bruxelles. Il tenait en grande estime l'abbé Mann et le cite avec éloge dans son Traité du flux et du reflux de la mer. Voici ce qu'il dit à propos de notre pays dans le tome IV de l'Histoire des Mathématiques de Montucla, publié en 1802 : f( Dans les Pays- Bas autrichiens, actuellement français, l'astronomie ne paraît pas avoir été cultivée : le seul observateur est M. Pigott qui , après avoir passé à Caen plusieurs années (?), occupé de l'observation, et en ayant fait de fort curieuses sur les étoiles changeantes^ s'était flxé (?), en 1772 et 1773, dans les Pays-Bas, pour y coopé- rer à un grand travail désiré par le gouvernement, qui consis- tait à rectifier la carte du pays, ce qu'il a fait gratuitement et même à ses frais. Une foule (?) d'observations intéressantes pen- dant ce séjour, tant par M. Pigott que par son fils, dans toutes les parties des Pays-Bas, en ont été le fruit... Mais MM. Pigott sont retirés aujourd'hui en Angleterre. »
^Rombaut BouRNONS, né à Malines, fut officier au corps du génie de S. M. I. et R., et ensuite professeur royal de mathéma- tiques au collège Thérésien à Bruxelles. Il mourut, après une très-longue maladie, le 22 mars 1788. Il avait calculé les phases de V éclipse annulaire du soleil du l®' avril 1764 pour Bruxelles; mais ce calcul n'a pas été imprimé. M. Bournons a laissé un volume manuscrit sur la gnomonique et en particulier sur les cadrans solaires pour la latitude de Bruxelles , avec un volume de planches fort bien exécutées: cet ouvrage fait actuel- lement partie de la section des manuscrits de la Bibliothèque
royale (*). Jean-Henri Van Swinden, nommé membre étranger de l'Aca-
(*) annuaire de l'Académie pour 1836.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 11
demie dans la séance du 14 octobre i779, s'était fait connaître des astronomes par une Dissertation inaugurale sur l'attraction (Leyde, 1766) (*), et par un Discours sur la philosophie Newto- nienne, prononcé le 7 juin 1779, à Amsterdam (^). En 1787, il publia un Mémoire sur la détermination des longitudes en mer par la distance du soleil à la lune ou aux étoiles fixes ('); la 6™^ édition de cet ouvrage parut en 1819. En 1798, Van Swinden fut envoyé comme délégué de la République batave pour prendre part à la détermination du système métrique des poids et mesures. Au moment de son élection à l'Académie de Bruxelles, il était professeur de physique, de logique et de métaphysique à l'uni- versité de Franeker. Né à la Haye le 8 juin 1746, il mourut le 9 mars 1823 à Amsterdam. Il n'a fait à l'Académie aucune communication astronomique.
Dans la séance du 21 novembre 1785, l'Académie élut comme membres étrangers : 1<^ M. le comte de BrÎjhl, ministre pléni- potentiaire de l'électeur de Saxe à la cour de Londres, et membre de la Société royale de la même ville;... 3® M. de Zach, astro- nome du duc régnant de Saxe-Gotha;... 5^ M. de Magellan, chanoine du chapitre royal de Soignies, membre de la Société royale de Londres, et des Académies de Pétersbourg, Berlin, Madrid et Lisbonne, correspondant de l'Académie des sciences de Paris. Des trois élus , le second , le célèbre baron de Zach , avait présenté, le 20 mai, au président de l'Académie un Mémoire sur la nouvelle planète Ouranus (sic), « en postulant une place de membre étranger. Les commissaires nommés pour l'examiner en rendirent un compte favorable ; mais son élection, ainsi que celle de plusieurs autres candidats, fut remise pour différentes raisons qui n'intéressent pas le public, jusqu'au mois de novembre suivant (*). »
(*) DissertcUio inauguralU de attractione, Lugd. Bat, 4766. (*) Oratio de philoiophia Newtoniana, habita die 1 junii 1779. Amsterd., in-i". (') Verhandling over het bepalen der Lengte op Zec,door afstanden van de Zon toi de Maan of vaste Sterren. {*) Journal de$ séances. — Séance générale des 17, J 8 et 49 octobre 1785,
12 CLASSE DES SCIENCES.
François-Xavier de Zach (né à Presbourg, le 4 juin 1754, mort à Paris, le 2 septembre 1832) avait été pendant quelques années instituteur des enfants du comte de Bruhl, à Londres. Ce dernier, moins connu, mourut à Londres le 22 janvier 4809, à rage de 72 ans: il a inséré plusieurs écrits relatifs à Fastro- nomie dans le Jahrbuch de Bode; sa précieuse collection d'instruments a été transportée en partie à l'Observatoire de Leipzig.
Le troisième élu, Joao-Hyazinthe de Magelhaens (Magellan), était un moine augustin de Lisbonne, qui passa vers 1764 en Angleterre. Il descendait du célèbre navigateur du même nom. Né le 4 novembre 1722 à Lisbonne, il mourut à Islington, près de Londres, le 7 février 1790. Il avait publié, en 177S, une Des- cription des octans et sextans anglais, ou quarts de cercle à ré flexion, avec la manière de s'en servir et de les construire. « Cet ouvrage, » dit Lalande (*), « est un des plus étendus et des plus complets qu'on ait sur cette matière. » On a aussi de lui une Collection de différents traités sur les instrumenta d'astronomie et de physique {Londres^ 1780 et 1785), et une Description et usage des nouveaux baromètres pour mesurer la hauteur des montagnes et la profondeur des mine^ (Londres, 1779).
La dernière nomination faite par l'Académie, le 19 octobre 1792,se rattache encore à l'astronomie : ce jour-là, elle élut comme membre étranger, le marquis db Chabert (Joseph-Bernard), chef d'escadre, membre de l'Académie des sciences de Paris, de la Société royale de Londres et des Académies de Berlin, Stock- holm et Bologne. Le marquis de Chabert, qui s'était retiré à Bruxelles depuis la guerre entre la France et l'Autriche, assista fréquemment aux dernières séances de la compagnie. Il séjourna aussi en Angleterre et rentra en France en 1802 : il y devint membre du Bureau des Longitudes et mourut à Paris, le 2 décera-
(*) Bibliographie astronomique.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 15
bre 4805, dans un âge très-avancé. Il avait publié, en 4753. un Voyage fait en 1750 et 1751 sur les côtes de l'Amérique septen- trionale; et, en 179i, un Atlas général des côtes de la Méditerranée. Les Mémoires de TAcadémie de Paris renferment aussi de lui un Mémoire sur Tusage des horloges maritimes (1786), et un grand nombre de déterminations de lieux.
Nous venons de présenter à nos lecteurs les membres regni- coles et étrangers de l'ancienne Académie, dont les travaux eurent plus ou moins l'astronomie pour objet : nous allons main- tenant entrer dans quelques détails sur ceux de ces travaux dont rHistoire ou les Mémoires de la compagnie ont conservé les traces.
II
Les comètes dont la découverte fut signalée pnr Messier h l'Académie, et qui furent observées à Bruxelles par l'abbé Chevalier et sir H. Charles Englefield. — Les observations des satellites de Jupiter, faites par Mes- sier, h Paris. — L'cclipse de soleil du 24 juin 1 778, observée à Bruxelles par Tabbë Chevalier, l'abbé Necdham et le baron de Poederlé. — Les éclipses de lune, observées par Tabbé Chevalier et par sir Charles En- glefield. — Notice du passage de Mercure, du 12 novembre i782, par l'abbé Chevalier. — La comète découverte par Méchain, le 9 octobre 1781 . — Réflexions de l'abbé Chevalier sur la comète découverte par Herschcl, le 13 mars 1781 , et que Ton suppose être une planète (Uranus). — Note de Fabbé Chevalier sur les résultats d'observations astronomiques faites k la Chine, comparées avec d'autres observations faites en Europe.
La comète découverte par Messier le 12 octobre 1773; la comète observée le 11 août 1774, par M. Montaigne à Limoges, celle que Méchain découvrit à Paris le 9 octobre 1781, furent signalées à TÂcadémie, immédiatement après leur apparition. L'annonce en était due à Messier qui , pendant quelques années, parut prendre au sérieux les devoirs d'un correspondant. La comète de 1773 fut aperçue à Bruxelles le 22 octobre par Tabbé
14 CLASSE DES SCIENCES.
Chevalier et par sirCbarles Englefield(*); celle de 1781 fut trouvée les 10 et 13 novembre par l'abbé Chevalier dans les positions que le calcul fait sur les premières observations lui avait assignées.
Le tome III des Mémoires renferme des Observations des quatre satellites de Jupiter, faites à Paris, à l'Observatoire de la marine, pendant Vannée 4777, avec une excellente lunette achromatique de 3 pieds V* à trois verres pour l'objec- tif, qui grossissait 120 fois^ par M. Messier. Les immersions observées sont au nombre de six; les émersions, au nombre de dix-neuf. Immédiatement avant les observations des satellites, se trouve une observation très-incomplète, faite par Messier, de réclipse de soleil du 24 juin 1778 : « Le 24 juin, » dit-il, « le ciel avait été parfaitement beau à Paris jusqu'au temps de réclipse; mais quelques minutes avant, les nuages venant de l'orient nous ont empêché d'observer le commencement, le milieu et la fin. Je n'ai pu observer à travers les nuages rares, que quelques distances des cornes que voici... » (Suivent ces dis- tances et l'immersion de deux taches non désignées.)
M. Chevalier avait été plus heureux à Bruxelles : il avait pu observer toutes les phases de l'éclipsé, ainsi que l'immersion et l'émersion de deux taches et l'immersion d'une troisième, ce Le ciel, » dit-il (•) , « a été très-beau , serein et clair toute la journée du 14, le vent au N.-E., circonstances toutes favorables à l'ob- servation. » Celle-ci avait été faite « dans le quartier le plus élevé et dans la partie orientale de la ville de Bruxelles , au jardin de l'hôtel de S. A. M. le duc d'Aremberg, où on pouvait prendre les hauteurs correspondantes du soleil le matin et le soir, sans
(■) Sir Henry-Charles Englefield, né en 1752, mourut à Londres, le âl mars 4822. Il avait publié, en 1788, les Tables des lieux apparents de la comète de 1G61, dont le retour était attendu en 1789. Cette comète attendue n'a pas été vue. Englc- fîeld avait fait suivre les Tables d'une description du réticule rhomboïde de Bradic}'. En 1795, il publia un livre Sur la détermin<Uion des orbites des comètes, d'après les méthodes du P. Boscovich et de Laplace.
(•) Observation de Véclipse de soleil du 24 juin 1778, faite à Bruxelles dans h Brabant, par M. l'abbé Chevalier. Mémoires, tome III.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 15
déplacer le quart de cercle de dessus la terrasse solide qui tra- verse le jardin : la pendule était placée à l'ombre au rez-de-chaus- sée, et attachée à une muraille solide du bâtiment, précautions nécessaires pour Texactitude de l'observation. » Le quart de cercle avait 18 pouces de rayon et venait de Londres, ainsi que la lunette achromatique qui servit à observer les phases de réelipse : cette lunette, du célèbre Dollond, avait 6 pieds de longueur focale et grossissait 80 fois les objets. « Pendant tout le temps de Téclipse, » dit Tabbé Chevalier, a les bords du soleil et de la lune ont été bien terminés, et nets. Cependant je n'ai pu distinguer aucun changement de lumière ou espèce d'ombre sur le disque du soleil , qui pouvait provenir de l'atmosphère de la lune, que quelques astronomes ont pensé voir dans d'autres éclipses, et que dans la présente éclipse il serait plus aisé d'aper- cevoir, le ciel étant très-clair, et l'air pur et dégagé de vapeurs sensibles. Pour observer si la diminution de la lumière du soleil , causée par l'interposition du corps opaque de la lune, donnerait une diminution sensible de chaleur sur la terre, j'avais placé à l'endroit de l'observation , un miroir ardent concave de métal de IS pouces de diamètre, et un bon thermomètre de Fahrenheil... Le miroir ardent a continué, pendant tout le temps de Téclipsc, à brûler, et à enflammer les corps placés à son foyer avec le même degré sensible de force : et s'il y avait quelque différence dans cette force, elle devait être très-pelite et très-difficile à observer. Cependant j'ai observé cette différence bien grande et bien mar- quée dans une autre éclipse ; dans celle du 26 d'octobre 1 755 , que j'ai observée à Lisbonne , dans laquelle la diminution de la chaleur a été si grande et si sensible , qu'un miroir ardent de métal bien plus grand et plus fort que celui dont je me suis servi dans la présente observation, a cessé tout à fait de brûler les objets placés à son foyer, même avant la plus grande phase de l'éclipsé, et la diminution de force avait suivi graduellement la diminution de la lumière du soleil , encore que le soleil montant (cette éclipse est arrivée le matin) la force des rayons du soleil
16 CLASSE DES SCIENCES.
devait augmenter sans réclîpse... L'éclipsc de 4753 était bien plus grande à Lisbonne, que celle de 1778, ne Ta été à Bruxelles. La première était de plus de onze doigts... »
L'abbé Chevalier avait été aidé dans ses observations par l'abbé Needham, directeur de l'Académie. M. le baron de Poe- derlé avait observé, à Bruxelles, le commencement de l'éclipsé; il n'avait pas observé la fin , mais bien l'immersion et l'émersîon de trois grandes taches (*).
L'éclipsé totale du 24 juin 1778 fut observée en mer par don Antonio de Ulloa, commandant de la flotte des Indes. L'amiral espagnol, dans le mémoire qu'il publia à cette occasion, fit une description détaillée de la couronne lunaire sur laquelle on n'avait plus rien appris d'utile depuis cinquante-quatre ans (*).
L'abbé Chevalier a encore observé à Bruxelles l'éclipsé de lune du 30 septembre 1773, et celles du 18 mars et du 10 sep- tembre 1783 Ô).
Le 30 septembre 1773, la lune se leva éclipsée : l'abbé Che- valier ne put observer que les dernières émersions des taches, et la fin de l'éclipsé. Le ciel était clair et le disque de la lune bien terminé. La lunette achromatique avait 30 pouces de longueur focale. Sir Charles Englefield observa la même éclipse à Tournai. On lit à la page 566 du tome I^»" des Mémoires : « Le chevalier Englefield, Anglais fort curieux, et bien instruit dans l'astronomie, a présenté à l'Académie l'observation de. l'éclipsé de la lune , faite par lui à Tournai le 30 septembre de 1773, de laquelle nous publions ici le résultat. » La lune,*^comme à Bruxelles, s'était levée éclipsée, et les arbres avaient empêché
(^) Les observations de Bl. de Pocderlé sont données à la suite de celles de l'abbé Chevalier.
(*) Voyez V Astronomie populaire d'Arago (lorae III), dans laquelle on trouve le dessin de Téclipse.
(') Les observations de la première éclipse se trouvent dans le tome I»' des Mémoires; celles de Téclipse du 48 mars 1783, dans le tome IV, et celles de réclipse du 10 septembre, dans le tome V.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLT. 17
sir Charles d'observer, jusqu'à 6 h. 7^;^ partir de ce moment, il put observer les phases décroissantes, la sortie de 21 taches, la fin de réclipse et la fin de la pénombre, a La nuit était assez belle, mais des nuages légers affaiblissaient quelquefois la lune jusqu'à rendre l'observation difficile... Il y avait beaucoup de pénombre. »
Le 18 mars 1783, le temps était assez favorable; l'éelipse fut observée avec une bonne lunette achromatique de 3 pieds de foyer, de Dollond : elle était totale et presque centrale. « La pénombre, » dit l'abbé Chevalier, « a commencé à être aperçue à la vue simple, quelques minutes avant qu'on pût la recon- naître à la lunette... Pendant la durée de l'immersion qui a été de 1 h. 41 m., la lune n'a pas disparu; on l'a toujours vue, mais teinte d'une couleur rouge obscure... Après l'immersion totale, le bord de la lune qui avait été le dernier couvert par l'ombre , est resté plus lumineux et d'une couleur plus claire que le reste du disque. Le centre a été toujours plus obscur, mais avec la lunette, je distinguais encore les principales taches après 10 h. 40 m. ou le milieu de la durée de l'immersion. La lumière du bord, qui était la plus claire, a changé, et on a commencé à la voir du côté opposé, ou de celui qui avait été le premier ob- scurci, et qui devait aussi sortir le premier de l'ombre; et insensi- blement cett^ clarté a augmenté jusqu'au moment de l'émersion; et quelques minutes avant l'émersion , la lune s'éclaircit si con- sidérablement, que les taches de la lune, principalement celles de la partie orientale, paraissaient très-distinctement.
« C'est cette couleur rougeâtre, et cette faible clarté de la lune éclipsée qui a donné occasion à tant de fables et de contes inventés par ceux qui ne connaissaient pas les causes véritables des éclipses : on croyait voir la lune en sang, et perdant la lumière par la force des enchantements, ou pour être le pronostic de quelque grand malheur : et même ceux qui connaissaient déjà .un peu les causes, et le temps des éclipses, se sont servis de ces phénomènes pour intimider les peuples quand cela leur con- venait... »
18 CLASSE DES SCIENCES.
A propos de réclipse totale du 10 septembre 4783, que l'abbé Chevalier observa « dans le quartier haut de la ville, sur la place du grand Sablon » avec sa lunette de 3 pieds de longueur focale, on lit dans les Mémoires : « ... L'ombre de la terre était très- foncée et forte pendant la durée de cette grande éclipse, on a cependant continué à voir le disque de la lune tout le temps de l'immersion. La couleur apparente élait d'un rouge obscur, et on ne pouvait pas bien distinguer par la lunette les différentes taches dans l'ombre, comme on avait observé dans l'éclipsé du mois de mars de cette année; mais on apercevait qu'il y avait des parties plus claires que d'autres. Le bord occidental de la lune était plus clair que le reste du disque, et cette clarté a passé au bord oriental,et insensiblement elle a augmenté jusqu'au moment de l'émersion... »
Dans la séance du 10 janvier 1783 (*), l'abbé Chevalier avait lu une Notice du passage de Mercure sur le disque du soleil, arrivé le 12 novembre 1782» L'auteur expose très-succincte- ment la théorie des passages de Mercure et en fait ressortir l'im- portance. Il rappelle que la première observation de ce phéno- mène est due à Gassendi; que, depuis 1631, il y a eu treize autres passages observés , mais que a la plupart le furent a la conjonction qui arrive au nœud ascendant, et toujours au mois de novembre; temps dangereux, qui fait manquer très-souvent les observations dans les pays septentrionaux de l'Europe. Les observations des conjonctions au nœud descendant, qui tombent au mois de mai, ont été plus rares. La dernière est de l'année 17S3 (le 6 mai). Ce phénomène fut observé dans toute l'Europe; M. Chevalier lui-même l'observa à Lisbonne... Pour ce qui est du passage qui devait arriver en 1782, l'après-midi du 12 novem- bre ; comme en cette saison le soleil est peu élevé dans nos cli- mats, et que d'ordinaire le temps est couvert, on craignait que l'observation ne manquât. Cependant elle a très-bien réussi à
(*) Journal des séances, tome IV des Mémoiues.
BAPPORT DE M. ÉD. HAILLT. 19
Paris. Plusieurs astronomes français ont observé ce passage. » L'auteur rend compte des observations faites à Paris, où « le temps s'était mis au beau , » puis il ajoute : « A Bruxelles on n'eut pas le même bonheur. M. Chevalier comptait faire l'obser- vation : l'après-midi du 11, et même le matin du 12, jusqu'à nne heure , le ciel était clair ; mais dans ce moment il se leva un brouiUard très-épais, qui couvrit le ciel jusqu'au soir, et empêcha toute observation : nouvelle preuve du désavantage qu'on a dans ce pays pour les observations astronomiques... M. Chevalier suppose, que si à Bruxelles on avait pu observer le passage de Mercure, la différence du moment de l'entrée et de la sortie aurait été presque la même que celle des méridiens des deux villes (Bruxelles et Paris) ; l'effet de la parallaxe qui résulterait de la petite différence de ces méridiens, étant très-peu sensible sur une planète qui tourne si près du soleil. Cependant, pour déterminer cette différence, et celle des méridiens même, l'obser- vation de Bruxelles eût été bien avantageuse. i>
On se rappellera que Messier avait fait part à l'Académie de la découverte d'une comète, par Méchain, le 9 octobre 1781. Dans la séance du 20 novembre , Fabbé Chevalier lut à cette occasion un mémoire sous le titre de : Notice et Réflexions sur l'apparition de deux comètes quon observe présentement (*). L'auteur rend compte d'abord des observations et des calculs relatifs à la comète de Méchain ; puis il continue en ces termes : « L'autre comète dont il est question dans le mémoire de M. Che- valier, était à la fin d'octobre (1781) rétrograde, elle avait été au- paravant stationnaire. On sait que cette comète a été découverte premièrement à Bath, au mois de mars (le 13), par M. Hersehel; après elle a été observée à Londres et à Paris , par MM. Maske- lyne ('), Messier, Méchain, et un grand nombre d'autres astro- nomes. » L'auteur donne ici les positions observées les le"* et 16
(') Journal dei séances, tome IV des Mémoires. (') L^aulcar écrit Maskelin,
âO CLASSE DES SCIENCES.
avril par Maskelyne, le 46 avril et le 28 mai par Messier. « Par la comparaison de ces observations extrêmes, » dit-il, « en laissant à part les intermédiaires, on voit que le mouvement apparent de la comète est très-petit, et étant si égal en longitude, et semblant par là qu'on doit le rapporter presque tout à la parallaxe de l'orbe annuel, on a soupçonné d'abord que la comète était fort éloignée de la terre et du soleil , et bien au delà de l'orbite de Saturne : dans cette idée on a tenté de calculer son orbite, et on a fait deux suppositions. Dans la première, en la supposant, le 14 avril, à une distance du soleil égale à 12 fois la distance de la terre au soleil, on a trouvé quatre positions, pour les 3, 14 et 25 avril., et pour le 6 de mai , dont les deux extrêmes diffèrent d'avec les observations de -+-4' 10' et de -h2' 10". Dans la deuxième ten- tative, on suppose la comète pour le même jour, à 14 fois la dis- tance du soleil à la terre, alors les résultats du calcul donnent des positions pour les mêmes jours, dont les extrêmes diffèrent des observations de 4-2' et de -^V 15" : et sans entrer dans d'autres détails ou calculs, on pouvait décider que certainement la comète était à une distance fort grande : et cela paraissait d'autant plus remarquable, que l'on ne connaît encore aucune autre comète qui ait été visible dans un aussi grand éloignement, et d'autant plus que la comète en question n'a pas un diamètre sensible, appa- rent, et que néanmoins sa lumière perçait, celle d'un fort crépus- cule... Différents mathématiciens ont calculé ses éléments par différentes méthodes. M. Lexell a trouvé que, calculant une orbite parabolique, qui satisfait à trois observations, elle différait très- sensiblement des observations intermédiaires, et de là il a conclu que l'orbite de la nouvelle comète devait être elliptique : et même tentant de satisfaire à tous les donnés par une orbite circulaire, il a trouvé qu'un cercle dont le rayon serait de 18, 928 satisferait assez bien aux observations... Les latitudes géocentriques étant extrêmement petites, on devait supposer l'inclinaison de l'orbite très-petite aussi... » La comète qui était devenue invisible après le 28 mai, « étant sortie des rayons du soleil au mois de juillet.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 21
les astronomes ont continué à Tobserver, son mouvemenl clant toujours fort lent; les observations qu'on a faites s'accordent assez bien^ pour les positions de la comète, à celles qu'on avait calculées, dans la supposition d'une orbite circulaire... Toutes les différences de cette comète à l'égard des autres, sa lumière con- stante et forte à une si grande distance, ont fait soupçonner à quel- ques savants que ce pourrait bien être, non pas une comète, mais une autre espèce d'astre, une nouvelle planète de notre système, laquelle aura été invisible jusqu'à présent par quelque raison inconnue...; mais d'autres persistant à croire que c'est une véri- table comète de notre système solaire, espèrent qu'elle s'appro- chera du soleil et de la terre pendant trois ou quatre ans, et qu'elle pourra être observée pendant un intervalle de sept ou huit ans : et alors en multipliant les observations, on pourra par- venir à déterminer exactement ses éléments et sa nature, si par hasard elle était différente de celle des autres comètes observées : ils concluent que pour le présent il faudra observer, sans se pres- ser à tirer des résultats.
« Quelques personnes qui tiennent à l'ancien système, que les comètes ne sont pas des astres permanents, mais des assemblages des vapeurs des autres planètes ou de l'atmosphère, ont cru trou- ver dans les phénomènes particuliers de la présente comète, un nouvel appui à leur sentiment... » L'apparence d'un mouvement en ligne droite ne prouve rien, « puisqu'il peut paraître tel dans une trajectoire en cercle, ou en ellipse, pendant un assez long temps... L'on peut répondre très-facilement à toutes autres objec- tions tirées de la qualité de la lumière de cette comète : de ce qu'elle ne parait avoir ni queue ni chevelure. Sa grande distance à la terre, et le grand éloignement du soleil, seraient des causes suffisantes de l'invisibilité de la queue, qu'elle pourrait avoir; et la forme, la grandeur, et la solidité de son noyau, pourraient donner une raison suffisante de la force et de la netteté de sa lumière : ce noyau étant dénué de toute chaleur, par son grand éloignement du soleil, peut-être n'aura pas d'atmosphère, et ne
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sera pas entouré de vapeurs que la chaleur seule peut élever de son corps; et par là plus en état de nous réfléchir la lumière du soleil, plus pure, plus claire, et plus éclatante que celle des autres corps célestes enveloppés de vapeurs, encore plus près de nous : et par cette même raison, il n'aura ni queue ni chevelure, lesquelles, selon une opinion bien probable , proviennent des vapeurs que la chaleur du soleil fait sortir des comètes. »
Nous reviendrons dans quelques instants sur la prétendue comète découverte par Herschel, à propos du mémoire envoyé à l'Académie par de Zach, mémoire dont il a déjà été fait mention. Pour en finir avec Tabbé Chevalier, il nous reste à mentionner la note qu'il lut le 22 février 1787 (*), sous le titre : Résultats d'observations astronomiques faites à la Chine, comparées avec d'autres faites en Europe, « Les observations chinoises dont il s'agit ici, ont été faites à Pékin dans Tannée 1773 : il y a 23 ob- servations des immersions et émersions des satellites de Jupiter, deux occultations d'étoiles par la lune, et une observation de Féclipse du soleil du 23 mars. » M. Chevalier, en comparant une émersion du premier satellite de Jupiter, observée le 2 octobre à Pékin et à Perinaldo, et des émersions du second satellite, observées les 2 et 13 octobre à Pékin et à Montpellier, trouve 7 h. 35 m. 32 s. pour la différence des méridiens entre Pékin et Paris (Observatoire). « La comparaison des observations corres- pondantes d'une éclipse de la lune, donne, par un terme moyen, 7 h. 36 m. 14 s. pour cette différence; pendant que les Tables de la différence des méridiens qui se trouvent dans les dernières Conriaissances des Temps, la fixent à 7 h. 36 m. 30 s. M. l'abbé Chevalier juge, avec raison , que les observations des éclipses des satellites de Jupiter sont préférables à celle de la lune, comme donnant des résultats plus nets et plus certains, et croit, en con- séquence, que la différence de ces méridiens marquée dans les Tables devrait être diminuée au moins de 40 s. : il fixe à 7 h. 3S m. 50 s., la différence des longitudes de Paris et de Pékin. »
(*) Journal des séances, tome V des Mémoires.
RAPPORT DE M.' ÉD. MAILLY. 23
m
Mémoire du baron de Zach sur la planète Ouranus. — Observations de MM. de Zach et Oriani sur le 18*"' voyage aérostatique de M. Blanchard & Bruxelles, le 10 juin 1786.
Le Mémoire sur la nouvelle planète Ouranus ^ présenté à rAcadémie le 20 mai 1785, par François de Zach, professeur de malhématiques , membre des Académies royales des sciences de Lyon, Marseille et Dijon, se trouve imprimé dans le tome V des Mémoires, qui parut en 1788. Il débute ainsi : (c L'histoire de la découverte de six planètes de notre système se perd avec l'ori- gine de l'astronomie dans l'obscurité des siècles... La planète dont il s'agit ici est la seule dont la naissance, s'il est permis de parler ainsi, ou du moins la révélation ait une date constante. » Après avoir donné la biographie d'Herschel, l'auteur présente l'histo- rique de la découverte d'Uranus, qull appelle Ouranus. Herschel soupçonna d'abord que ce pouvait être une comète. Il commu- niqua sa découverte à la Société royale de Londres : Maskelyne vit la planète à Greenwich le 17 mars (1781), mais il ne l'observa avec exactitude que le l®"" avril. La première observation régu- lière et astronomique fut faite le 29 mars à Oxford par Hornsby. Messier, prévenu par Maskelyne, observa le premier la planète en France, le 16 avril : il avertit à son tour les astronomes de Milan, qui trouvèrent avec peine le nouvel astre, le 12 mai. Vers la fin d'avril, les papiers publics avaient répandu en Allemagne le bruit de cette découverte extraordinaire : M. Bode, à Berlin, chercha vainement la planète, vers le commencement de mai. Le 2S avril, l'Académie royale des sciences de Paris avait dé- claré que le nouvel astre ne pouvait être qu'une comète très- extraordinaire , sans queue ni chevelure... « L'honneur d'avoir été un des premiers, qui ait d'abord et dès le commencement calculé la planète dans un orbe circulaire, revient à M. l'abbé Oriani (de Milan). » De retour d'un voyage en Italie, M. de Zach
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entreprit à Lyon, au mois d'avril 1782, le calcul d'une orbite dans une hypothèse circulaire, d'après les observations que M. Oriani avait eu la complaisance de lui communiquer à Milan. Il trouva pour rayon 18,9917 et la révolution, de 82,892 ans. a Vers la fin de 1 782, des observations faites avec soin commen- cèrent à s'éloigner de l'hypothèse circulaire, et à indiquer une ellipticité de l'orbite. » Le 26 décembre, la planète fut en oppo- sition avec le soleil. « Cette opposition étant une des principales données pour le calcul des éléments d'une orbite elliptique, on la détermina avec toute la précision et toute l'exactitude possible. » Disons, en passant, que cette opposition fut observée à York par M. Pigott (nous ne pourrions dire si c'était le père ou le fils), de même que l'avait été l'opposition du 21 décembre 1781, la pre- mière qui eût eu lieu depuis la découverte. Après deux ans d'ob- servation, <( on vit clairement que l'astre nouveau ne pouvait pas être une comète, et qu'il fallait le regarder comme un corps qui contribue à l'extension de notre système planétaire... La théo- rie du cabinet débrouilla, fixa, concilia toutes les observations que les astronomes observateurs fournissaient depuis deux ans. » M. de Zach donne ici les éléments elliptiques calculés par Mé- chain, qui représentaient les observations à 8'' près en longitude; ceux que Laplace communiqua à l'Académie des sciences de Paris au mois de janvier 1783, et qui représentaient les observations à 5"' près ; puis il ajoute : « Dès le moment que l'on soupçonna que l'astre nouvellement découvert pouvait être une planète, on a soupçonné qu'elle avait été observée comme étoile fixe, par les astronomes qui se sont particulièrement occupés de catalogues des étoiles zodiacales, en sorte que quelques-unes des étoiles in- diquées dans leurs catalogues doivent manquer à la place que ces catalogues leur assignent. » M. Bode eut le premier cette idée, et la vérifia , en calculant ce que la planète pouvait avoir été dans les temps des observations de ïycho, Hevelîus, Flamsteed,Tobie Mayer, de la Caille, et Messier. « En arrivant en Angleterre, M. Hornsby. me communiqua les observations suivantes et me
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pria de les comparer aux éléments de M. de Laplace. » De Zach donne les résultats de ses calculs, « dans lesquels on verra, dit-il, le plus parfait accord des éléments avec les observations. » Les observations sont au nombre de huit, et se rapportent aux 29 mars, 22 mai, 25 septembre et 19 décembre 1781; 14 mars et 29 décembre 1782; 24 mars et 30 décembre 1783. Notons encore que l'opposition du 3 janvier 1785 fut observée à Londres par M. le comte de Bruhl. « Voilà, » dit Fauteur en finissant, « jusqu'où sont maintenant arrivées les recherches sur une dé- couverte qui fera certainement époque dans la postérité , et lui donnera lieu d'envier plus d'une fois le siècle que la Providence en a honoré... Il ne resta plus qu'à donner un nom à cette pla- nète. M. Herschel , dans les Transactions philosophiqties^ vol. 73, lui donna le nom de Georgium Sidus à l'honneur de Sa Majesté Britannique y sous le règne duquel cette intéressante découverte fut faite; les astronomes français l'appellent la Planète de Her- schel. » M. Bode lui a donné la dénomination d'Ourantis^ c< père de Saturne, tout comme celui-là est père de Jupiter. »
Le mémoire du baron de Zach est daté de Londres, Dover- street, le 20 mai 1785. Dans une lettre lue à l'Académie le 2 janvier 1786 (*), de Zach mentionne l'observation de la nouvelle planète faite par Flamsteed en 1690: C'est, dit -il, « la nou- velle la plus intéressante en astronomie , dont on est actuelle- ment occupé... M. Bode, astronome de l'Académie de Berlin, fut le premier qui mit ce soupçon sur le tapis, mais jusqu'à présent les sentiments des astronomes ont été partagés là-dessus : en arrivant à Paris (le 11 novembre), messieurs de l'Académie des sciences contestaient encore l'identité de l'étoile observée par
Flamsteed avec la nouvelle planète de M. Herschel J'avais
d'abord des combats à livrer : je suis enfin parvenu à convaincre M. de Laplace, M. Méchain , M. Messier et d'autres... Mes Tables [calculées d'après les éléments du P. Fixlmillner, habile astro-
(') JoumeU des séances, tome V des MéuoiRBS.
S6 CLASSE DES SCIENCES.
nome à Kremsmûnster] seront imprimées dans la Connaissance des Temps de Paris pour i 789, actuellement sous presse... [Elles] représentent l'observation de Flamsteed, celle de Mayer en 1786, et toutes les observations modernes, à quelques secondes près... »
Cette lettre était adressée à l'abbé Mann. Dans une autre lettre, adressée au directeur (M. Gérard), et lue à la même séance du 2 janvier, de Zach parle « de la suite des triangles qui sera conduite, aux frais du roi d'Angleterre, depuis Douvres à Greeni^ich, en continuation de celle de Paris à Calais par M. Cassini de Thury, afin de déterminer la vraie différence de méridiens des Observatoires de Paris et de Greenwich , sur la- quelle on avait voulu élever des doutes en France. »
De Zach se trouvait à Bruxelles avec l'astronome Oriani , de Milan, au commencement du piois de juin 4786. C'est pour constater leur présence, que nous mentionnerons la commu- nication qui eut lieu dans la séance du 20 novembre (') sui- vant, des Observations faites à l'hôtel du ministre sur la route du dix-huitième voyage aérostatique de M. Blanchard à Bruxelles le iO juin 1186, par MM. Zach et Oriani. » « D'après ces observations faites par deux habiles astronomes, il résulte que le voyage aérostatique dura 1 h. et i 2 m., que le ballon descendit à terre à la distance de 2431 toises de l'endroit de son départ, et que la plus grande hauteur à laquelle il parvint fut de 493 toises à l'endroit de sa première disparition dans les nuages. Le ballon, selon M. Zach, avait 19 1 pieds de diamètre; par conséquent son contenu était de 3880 pieds cubes. » Le Journal des séances n'en dit pas davantage.
(*) Journal des séances, tome V des Mjîmoirbs.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 27
IV
Les mémoires présentés à l'Académie par Nathaniel Pigott : Observations astronomiques faites aux Pays-Bas autrichiens en 1772 et 1775 (opéra- tions barométriques faites par Tabbé Needham). — Observations astro- nomiques faites au Refuge de Vrouw-Perck h Louvain. — Passage de Mercure sur le disque du soleil, le 5 mai 1786, observé au collège royal à Louvain.
II nous faut maintenant rétrograder et faire connaître les mémoires que M. Nathaniel Pigott présenta à rÂcadémie, et qui ont été insérés dans son recueil.
Ces mémoires sont au nombre de trois. Le premier a été imprimé en tête du tome I^^ des Mémoires; il a pour titre : Observations astronomiques faites aux Pays-Bas autrichiens en 1772 et i773. Le second a pour titre : Observations astro- nomiques faites au Refuge de FrouuyPerck à Louvain; il a été inséré au tome III des Mémoires (^). Le troisième figure dans le tome V, et a pour objet le Passage de Mercure sur le disque du soleil, le 3 mai 1786 , observé au collège royal à Lou- vain.
Le premier mémoire est précédé d'un Avant-propos dans lequel Fauteur fait ressortir l'importance de l'astronomie, « cette science sublime » si utile au marin et dont ce l'homme étant sur terre ne saurait se passer; » car « ce n'est que par son moyen qu'il peut décider sa position sur le globe ; et toutes cartes géo- graphiques, de quelque manière qu'elles soient faites, doivent nécessairement l'être en conséquence d'un ou de plusieurs points déterminés par des observations. » Ces considérations ont en- gagé presque tous les gouvernements à encourager l'astronomie et à fonder des observatoires ; les particuliers ont rivalisé de zèle avec eux, et ce zèle commun a produit, chez les Anglais surtout,
(*) Pigott y prend le titre de Correspondant de l'Académie des sciences de Paris, qui ne figurait pas sur le premier mémoire.
28 CLASSE DES SCIENCES.
des découvertes qui feront la gloire du siècle. « Mais tandis qu'en Allemagne ) en France et en Angleterre, on multipliait les obser- vations astronomiques, elles avaient été absolument négligées dans les Pays-Bas, où jusqu'à présent il ne s'est pas encore ÉLEVÉ UN seul OBSERVATOIRE. Par uuc suitc dc ce qu'on vient de dire , on ne doit pas être étonné de trouver peu d'accord entre les géographes qui ont construit des cartes des Pays-Bas autri- chiens : nécessairement incertains sur les vraies positions des lieux, ils ont été obligés de prendre pour guides les géographes qui les avaient précédés; ou bien ils ont tâché de corriger les erreurs de leurs devanciers, par des conjectures souvent plus erronées encore. Un coup d'œil jeté sur différentes cartes mo- dernes et estimées suffira pour justifier ce qu'on vient de dire; et en les comparant, on verra avec surprise qu'il y a telle ville déplacée de 5, de iO, de i5 lieues et même davantage de sa véritable situation : il serait aussi inutile que désagréable d'en- trer dans un plus grand détail à cet égard. »
« D'après ces considérations , » continue Pigott, « on désirait que les cartes des Pays-Bas autrichiens fussent rectifiées. Vers le commencement de 1772, on me le fit sentir; je me prêtai bien volontiers à un travail, dont j'avais lieu de croire qu'on me saurait gré, et d'ailleurs j'étais trop sensible au plaisir d'être utile, pour m'y refuser.
» J'aurais désiré me mettre en route dès le mois d'avril ; mais des affaires indispensables m'obligeaient de passer en Angleterre, et je n'ai pu commencer mes opérations qu'au mois de sep- tembre. Mon fils, exercé depuis quatre ans à observer les satellites de Jupiter, devait m'accompagner ... M. Needham. directeur de l'Académie, s'offrit de faire ce voyage avec nous... J'ai profité de ses lumières en mille occasions. Nous portions avec nous deux baromètres d'une construction nouvelle, faits par Ramsden à Londres, très-propres à mesurer les hauteurs... M. Needham a pris sur lui de rendre compte de ce qui a été fait à cet égard... »
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 29
Nos voyageurs arrivèrent à Namur le 26 août, et le 28, Tob- servatoire était déjà établi dans la rue de Saint-Nicolas. Us ne restèrent à Namur que peu de jours, a parce que, » dit Pigotl, « la saison pour l'observation des satellites (de Jupiter) était déjà avancée, et que je désirais d'être à Luxembourg, ville la plus orientale, aussi bien que la plus méridionale de celles où j'avais dessein d'observer : en conséquence, je crus y devoir séjourner assez longtemps, afin de m'assurer exactement de sa position, par un nombre suffisant d'observations; aussi je pense qu'il y a peu de villes dont la latitude et la longitude soient mieux déterminées... » Les voyageurs arrivèrent à Luxembourg le 9 septembre, et le lendemain ils fixèrent leur observatoire dans la rue du Saint-Esprit.
ce Des raisons semblables, » continue Pigott, « m'ont décidé à multiplier mes observations à la Heese, proche d'Hoogstraeten; ce bourg étant le plus septentrional de ceux où je me proposais d'aller... Le 3i octobre nous arrivâmes à Hoogstraeten; mais n'y trouvant pas de situation convenable, le 3 novembre, nous éta- blîmes l'observatoire à la Heese (propriété de la duchesse douai- rière de Salm).» Cette maison fut ensuite reliée à l'église de Hoog- straeten, qui en était voisine, au moyen d'une triangulation.
« Nous arrivâmes le 4 décembre à Ostende; mais la pluie ou des nuages continuels m'empêchèrent d'observer jusqu'au 19. » L'observatoire était établi dans la rue de la Poste.
« A Tournai, le temps fut plus contraire encore. Depuis le 26 décembre, jour de notre arrivée, je ne pus faire une seule observation jusqu'au 10 janvier; je profitai, ce jour-là et les suivants, du beau temps pour prendre des hauteurs méridiennes du soleil et des étoiles, d'où j'ai conclu la latitude; mais il me fui impossible de voir une seule émersion des satellites; je ne pus même prendre des hauteurs correspondantes pour tracer une méridienne... » Les observations furent faites dans la rue des Jésuites. « J'aurais désiré d'observer des occultations des étoiles par
30 GLA8SE DES SCIENCES.
la lune ; mais le ciel était couvert , lorsque Toccasion s'en pré- sentait, ou bien nous étions en route. Il me restait donc à déter- miner les longitudes par les émersions des satellites de Jupiter; mais comme tous les endroits où j'observais, sont à Forient de Paris , j'avais à craindre que ces émersions seules ne donnassent une différence de méridiens un peu trop grande; l'observation de l'éclipsé de la lune du 1 1 octobre ( Pigott était alors à Luxem- bourg) a levé tout doute là-dessus et m'a donné un résultat plus d'accord que je n'aurais osé l'espérer; fruit sans doute de la bonté de mes instruments et des attentions les plus scrupuleuses de ma part. »
« Comme je ne suis pas dans le cas de pouvoir prendre un milieu entre un nombre égal des immersions et des émersions du premier satellite, méthode la meilleure et la plus usitée dans les observations fixes, j'ai fondu toutes mes observations ensem- ble, et quoique de celles que j'ai faites à la Heese, une paraisse s'écarter des autres, je n'ai pas voulu la rejeter... »
Pigott, père, observait les éclipses des satellites de Jupiter avec un télescope grégorien de ^^ pieds anglais de foyer, gros- sissant 200 fois; Pigott, fils, avec un télescope grégorien de i8 pouces de foyer, construit par Short et grossissant 93 fois. Us avaient une horloge de Lepaute , de Paris , c( construite sur les principes du sieur Harrison, de Londres, avec des verges alternativement de cuivre et d'acier, pour obvier aux effets du chaud et du froid. » Cette horloge était réglée par la méthode des hauteurs correspondantes du soleil et des étoiles; et l'instru- ment qui servait à prendre les hauteurs correspondantes était un quart de cercle, d'un pied et demi de rayon.
Pigott calculait les lalUudes par les hauteurs méridiennes du soleil et des étoiles, et, à cet effet, il employait un quart de cercle d'un pied de rayon, construit par Bird, que la Société royale de Londres lui avait confié. Cet instrument avait été envoyé en Amérique pour le passage de Vénus de 1769. Pigott le vérifiait par une méthode due à Maskelyne.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY.
51
Voici le tableau des positions obtenues :
LIEUX.
LATIWBR.
NOMBRE
de
d4t«miliia lions.
ÉPOQUES.
MOYENNE.
ÉCARTS.
Namur . .
Luxembourg îLaHeese. . ( Hoogstraeten
Ostende . .
Tournai . .
Namur . . Luxembourg
iLaHeese. . Hoogstraeten Ostende . . Tournai . .
7 S9
S4 14
4772 septembre 4-4S i77S sept. 31 à oct. 20 1772 novembre 11 à 25
1772 décembre 19 à 24
1773 janvier 10 à 18
50«28'32"
49 37 6 51 23 2 51 24 44 51 15 10
50 36 57
+ 23"; + 34; + 10;
-30"
-20
-10
+ 12; + 23;
10 18
tM.
1
7 4
1772 septembre 4 1772 sept. 11 à oct. 20 1772 novembre 9 à 21
1772 décembre
|
S" |
'39- |
|
15 |
33(«) |
|
9 |
49 |
|
9 |
55 |
|
2 |
33 |
|
• • |
• • |
+ 16» ; - 16» + 20; - 8
Pigott terminait son Avant-propos en disant : « Si mon séjour dans ce pays-ci le permet, et si on parait le désirer, je commu- niquerai plus tard les observations que j'ai dessein de faire, pour déterminer les positions de Bruxelles, de Louvain et de Malines.» À la fin du mémoire, on trouve : I. Des Observations des satel- lites de Jupiter, faites à Louvain, au refuge de f^rouv>Perck,
(*) La longitude de Luxembourg, adoptée par Pigott, est 45"* 27% moyenne entre la longitude IS"* 35% déduite des satellites de Jupiter, et la longitude 15'» 20% conclue des observations de réclipse de lune du 1 1 octobre 1772, faites à Senoncs, chef-lieu de la principauté de Salm, par Mcssier ; à Paris, par Cassini fils et Lalandc,
33 CLASSE DES SCIENCES.
dans la partie occidentale de la ville (*), les iS, 22. 24, 29 el 31 août 1773, par MM. Pigolt;II. L'Occultation d' A Idébaran par la lune, observée le i^^ novembre à Bruxelles, près de la Cour, par MM. Pigott el EngleQeld ; III. Des Observations des satellites de Jupiter, faites à Bruxelles, près de la Cour les l^:'' et 10 novembre; 10 et 19 décembre 1773, et le 11 janvier 1774, par les mêmes.
Ainsi que Pigolt Tannoneait dans son Jvant- propos, Tabbé Needham rendit compte des opérations barométriques, qui avaient été faites pendant le voyage ('). Ces opérations avaient été établies partout en correspondance avec M. de Poederlé, le fils, pour déterminer les hauteurs respectives des lieux et leur élévation au-dessus du niveau du canal de Bruxelles, ce Comme la manière d'observer avec le baromètre, pour cette fin, » dit l'abbé Needham, « est assez généralement connue, il est inutile que j'entre dans un grand détail sur cette matière ; il suffira de dire que d'après des expériences multipliées, faites avec les baromètres du célèbre Ramsden, dont l'exactitude est portée sur une échelle graduée jusqu'à la centième partie d'un pouce, assez sensible pour marquer la difféi*ence des hauteurs entre lieu et lieu, aussi loin qu'on doit la désirer, j'assigne 12 % toises d'élé- vation perpendiculaire sur le terrain que j'ai mesuré, à chaque
et à Luxembourg, par MM. Pîgott; le nombre I5°* 30* est la moyenne de onze dé- terminations.
Les observations des satellites ont ctc comparées à celles de Tyrnaw, en Hongrie, de Scnoncs et de Grcenwich, en supposant Tyrnaw et Senones à \^0^ 55' et 18<" 54* à Torient de Paris, et Greenwich à 9i> 16* à Toccident; quelquefois on a pris les nombres calculés dans le Naulical Almanac, et corriges d'après des observations contemporaines. Les observations de Senones ont été communiquées par Messier.
(*) Hue des Dominicains, selon la lettre de Pigott à Bernoulli , en date du 7 dé- cembre 1778, que nous avons déjà citée.
(*) Le mémoire de Pabbc Needham a pour titre : Recueil de quelques observations physiques, faites principalement dans la province de Luxemliourg, en 1772, pendatU un voyage astronomique avec M. Pigott, Il est inséré au tome I" des Mémoires, et avait été lu h la séance du 25 mai 1775.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY.
33
ligne de descente dans le baromètre; c'est une mesure dont nous avons vérifié la justesse avec la dernière rigueur sur des hauteurs mesurées ensuite pied par pied, à Taide d'une ligne perpendi- culaire, dont la longueur n'excédait pas 25 toises. Il ne peut rester parconséquent aucun doute sur l'exactitude suffisante de la table des hauteurs correspondantes, par laquelle je conclurai ce mémoire; d'autant plus que dans la comparaison des endroits très-élevés, pour en tirer toutes les conséquences physiques dépendantes de leur situation respective, il ne s'agit nullement de quelques toises plus ou moins d'erreur. »
Saintes ce où M. de Poederlé, le fils, a fait pendant les mois de septembre, octobre, novembre, décembre 1772 et janvier 1773, les observations correspondantes, est un petit bourg sur la route d'Anguicn (Enghien), éloigné de quatre lieues de Bruxelles. Ce bourg étant plus élevé que le canal de Bruxelles d'environ 56 pieds, comme il parait par une longue suite d'observations, faites par M. de Poederlé, fils; il faut ajouter ce même nombre de pieds à la hauteur de chaque lieu plus élevé que Saintes, pour en avoir les hauteurs respectives au-4essus du canal de Bruxelles. »
LIEUX.
NOMBRE
des
obsenratioas eomp»-
rëes eaiemble.
PLUS HAUT QUE SAINTES.
ToUcf.
Pieds de France.
Arlon . . Luxembourg . Kamur . . Tournai Louvain .
Hoogstraeten Ostende
22 72
30
27 25
300
36i
iO
10
4800
4086
219
60
60
PLUS BAS QUE SAINTES.
42 {
25i
75 453
u
CLASSE DES SCIENCES.
Nous passons maintenant au second mémoire de Pigott (') , intitulé : Observations astronomiques faites au Refuge de Frouv>Perck^ à Louvain. Ces observations « sont une suite de celles imprimées dans le ie»* volume des Mémoires de l'Académie; elles ont été faites avec les mêmes instruments , et par les mêmes méthodes. » Les observations des satellites de Jupiter, pour les- quelles Pigott a trouvé des observations correspondantes, se rapportent aux dates suivantes : 1773, août 15-22-24-29-31; — 1774, juillet 24-26; août 2S-27; septembre \; octobre 5-14-21 ; — 1775, février 15-19-22. « Je dois, » dit Pigott, c< à M. Messier, notre digne confrère et astronome de la marine, et de l'Académie royale des sciences de Paris, et à M. Bernoulli, astronome royal à Berlin, plusieurs nouvelles déterminations des méridiens ('). » Ces déterminations ont pour objet les lieux où les observations correspondantes ont été faites; en voici la table :
Genève 0 44
Tyrnaw 1 0
Pétersboupg .... i 52
Greifswalde .... 0 45
Corbeil 0 0
Grcenwich .... 0 9
Perinaldo 0 21
Stockholm .... 1 2
Berlin 0 44
40 h Torient de Paris. 55 » »
0 iO
38 !►
46 à Toccident 33 à lorient 50 10
(*) Ce mémoire semble avoir été terminé avant le premier. Pigott en communi- quait les résultats (la position de Louvain) à Bernoulli, dans la lettre du 7 décembre 4778, déjà mentionnée, et il ajoutait: « Je suis encore occupé à calculer et h mettre en ordre les observations que nous avons faites, en 4772 et 4773, dans les Pays- Bas autrichiens. « Il doit y avoir ici une erreur de date ou une distraction de Pigott, à moins que Tannée attribuée au tome I*' des Mémoires de TAcadémie (4777) ne soit fictive. Un extrait du mémoire de Pigott avait paru dans les TransMtions phi- losophiques de Tannée 4776 (vol. LXVI, 4'«part.; Londres, 4776), et Bernoulli en avait rendu compte dans le second cahier de ses Nouvelles littéraires (Berlin, 4777).
(') Dans sa lettre du 7 décembre 4778, Pigott reconnaît qu'il doit à Bernoulli les nombreuses observations des satellites de Jupiter, dont il a fait usage.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY.
35
Muswdhill .... 0 9
Noloii 0 5
Oxford OU
Upsal I i
Milan 0 Î27
Marseille 0 1!2
Ltinden 0 45
■.
46 à roccid. de Paris. 45 à rorient 15 à Toccident iO h 1 orient 24 9 34
(( Par un milieu des immersions et des émersions prises sépa- rément, le résultat des observations donne à Louvain 9 m. 30 s. à Torienl de l'Observatoire de Paris. Les observations de Louvain, en rejetant celle du second satellite du 31 d'août 1 773, où je soup- çonne une méprise d'une minute, s'accordent d'une manière sin- gulière avec celles de Greenwich; les immersions seules donnent la longitude de Louvain 9 m. 42 ^ s. et les émersions 9 m. 43 s. à l'orient de Paris. C'est pourquoi prenant un milieu entre 9 m. 30 s. et 9 m. 43 s., je conclus la longitude du Refuge de Frouw- Perck, à Louvain, 9 m. 37 s. en lemps ou 2<» 24' iS' à l'orient de l'Observatoire royal de Paris. »
Pour déterminer la latitude de Louvain, Pigott a observé les hauteurs méridiennes du soleil et des étoiles, et par un milieu entre 26 déterminations, il trouve la latitude du Refuge de Vrouxc-Perck, égale à S0« S3' 3"; les écarts extrêmes des déter- minations sont -*- 6' et —iT (•).
Le troisième mémoire de Pigott a pour objet l'observation qu'il fil au collège royal à Louvain , du Passage de Mercure sur le disque du soleil, le 3 mai 1786. Notre astronome écrit de Lou- vain sous la date du 13 mai : c< Peu de jours après mon arrivée d'Angleterre en cette ville, le passage de Mercure sur le disque du soleil devait avoir lieu; quoique dépourvu d'instruments, je désirais extrêmement de l'observer : je ne pouvais mieux faire, que de m'adressera M. Thysbaert, président du collège royal... [Il] me fournit un télescope grégorien, fait à Londres, dont le
(*) Ce mémoire parut aussi dans les Transctctions philosophiques.
36 CLASSE DES SCIENCES.
foyer était de 2i pouces et l'ouverture de 4 1 pouces anglais, et qui pouvait grossir les diamètres des objets 70 à 80 fois; un quart de cercle, de 18 pouces de rayon, et une horloge astrono- mique, Tun et l'autre ayant été faits aussi à Londres. Le quart de cercle servit à prendre des hauteurs correspondantes du soleiK afin de constater la marche de l'horloge, et en déduire les temps vrais. C'est avec ces instruments que mes observations ont été faites... Comme je n'avais ni machine paralla tique ni micromètre, je n'ai pu faire tout ce que j'aurais désiré, et c'est pourquoi , dans les observations ci-jointes, celles qui ne dépendent point de la mesure du temps, ont été faites par estimation; mais les plus importantes, savoir l'attouchement des bords, tant intérieurs, qu'extérieurs et par conséquent la sortie du centre , et la durée de la sortie du diamètre entier, de Mercure ont été déterminées de la manière la plus satisfaisante; et si le temps a été également favorable aux astronomes d'autres pays, on sera en état plus tard, en comparant les observations de ce phénomène, d'améliorer de beaucoup les Tables de Mercure. » L'entrée de la planète n'était pas visible : Pigott a observé le contact intérieur, à la sortie, à 20 h. 48 m. 41 s., et le contact extérieur, à 20 h. 49 m. 16s.: la sortie du centre doit donc avoir été à 20 h. 47 m. 28 { s. En retranchant de ce nombre la longitude de Louvain (9 m. 37 s.), on aurait pour l'émersion du centre à Paris, 20 h. 37 m. Si ^ s. : or la Connaissance des Temps donnait le moment vrai de la sortie du centre de Mercure à Paris, calculée d'après les Tables de Lalande, à 7 h. 45 m. le matin du 4 ou 19 h. 45 m. du 3 de mai; l'erreur des Tables serait donc de 52 m. M \ s. « Il est vrai, que la position occidentale de Paris doit avoir retardé la sortie; mais cette équation ne saurait être considé- rable (*). » Dans un appendice, daté de Louvain, le S octobre, Pigott met en regard des observations faites à Louvain, celles de
(*) Les Tables de Lalande avaient effectivement indiqué la sortie 53"> trop tôt. Astronomie populaire à' Arago , tome 11.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 37
Greenwich (Maskelyne), Lampit-hill (Wollaston et Aubert), Paris (Delambre, Messier), Londres (le général Roy), Milan (Cesaris), Padoue (Toaldo), Greifswalde (Rôhl), puis il ajoute : « Ce sont là toutes les observations de ce phénomène que, jusqu'à présent, j'ai pu me procurer : ... les différences dans la durée de la sortie de Mercure prouvent assez la difficulté qu'il y a de saisir les instants exacts des contacts des bords. Ce mémoire, que j'ai rhonneur de présenter à l'Académie , fut envoyé à mon confrère AI. le comte de Fraula, le 45 du mois de mai; il voulut bien se chaîner d'en faire la lecture , mais le mémoire arriva trop tard , pour la dernière séance de l'Académie avant les vacances ('). »
Les travaux de Tabbë Mann. — Son discours sur les derniers progrès des sciences académiques, et sur ce qui reste à faire pour les amener de plus en plus vers leur perfection. — Son mémoire sur le feu élémentaire , qui a sa source principale dans le soleil. — Ses recherches sur les marées. — Ses tables des monnaies , des poids et des mesures anciennes et mo- dernes de diverses nations , etc. — Son mémoire sur les moyens de par- venir à une théorie complète des météores. — L'observation de la lumière zodiacale, faite i Louvain, le 26 février 1777, par Pabbé de Marci.
L'abbé Mann fut un des membres les plus actifs de l'Académie: c'était un homme possédant des connaissances très-variées, et fort au courant du progrès des lettres et des sciences. Pour ne parler que de l'astronomie, il avait fait une étude approfondie du livre des Principes, de Newton, et possédait aussi l'astronomie de Lalande, ouvrage très-remarquable pour son temps, et que les célèbres astronomes Bessel et Encke tenaient en grande estime. Dans l'exposé que nous allons essayer de faire de ses travaux, nous ne suivrons pas l'ordre chronologique, mais l'ordre des matières.
Le 12 juillet 1782, pendant les vacances de l'Académie, « il
(') Le mémoire fut lu dans la séance du 20 novembre 1786.
38 CLASSE DES SCIENCES.
se tint une séance extraordinairement convoquée par S. A. le ministre plénipotentiaire^ à roecasion du séjour que firent à Bruxelles le grand-duc et la grande-duchesse de Russie , voya- geant sous le nom de comte et de comtesse du Nord. Leurs altesses royales les sérénissimes gouverneurs des Pays-Bas, ayant voulu conduire ces voyageurs illustres à une séance académique, on s'assembla à l'heure ordinaire. M. le prince de Starhemberg s'étant rendu à l'Académie, il alla avec M. le président, à la télé du corps, recevoir ces hauts personnages. Tout le monde ayant pris place, le secrétaire prononça [un compliment, après quoi] M. le président présenta au comte du Nord les trois volumes des Mémoires de l'Académie... Trois nouveaux mémoires étaient sur la table; ... le second était intitulé : Fue générale des der- niers progrès des sciences académiques, et de ce qui reste à faire pour les amener déplus en plus vers leur perfection, par M. l'abbé Mann... Leurs altesses royales demandèrent qu'on lût le mémoire de M. Mann; M. le président fit cette lecture... (*). »
L'abbé Mann insistait d'abord sur l'utilité, la nécessité même, dans la culture des sciences , de savoir ce qui a déjà été fait, et ce qui reste à faire , pour les amener à leur perfection. « Celte connaissance, » disait-il, » est comme le plan général de tout l'édifice, connaissance aussi nécessaire à ceux qui y travaillent, que l'est le plan d'un grand bâtiment pour guider ceux qui doivent le construire. » Si Ton n'est pas au courant de ce qui a été fait, on risque, comme il arrive très-souvent, « de s'occuper d'objets déjà maniés, et de donner pour nouvelles découvertes ce que d'autres ont déjà trouvé... Il n'est pas moins utile de mon- trer ce qui resie encore à défricher dans ce vaste champ, et d'indi- quer les objets auxquels il convient de s'appliquer, si Ton veut travailler efficacement à étendre les limites des connaissances humaines. Une expérience journalière ne prouve que trop, qu'il
(*) Journal des séances, tonio IV des Mémoires. Le mcmoirc de Tabbc Mann a été imprimé dans le tome V.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLT. 39
n'^esi pas donné à un chacun d'être heureux dans le choix des sujets de son travail. » Les idées que Tabbé Mann expose ici sont justement celles que devait faire prévaloir, cinquante ans plus tard, TAssociation Britannique pour l'avancement des sciences. On se rappellera que l'Association s'empressa de récla- mer des hommes les plus compétents des rapports sur les diffé- rentes branches des sciences : ces rapports n'avaient pas pour objet de mettre la science à la portée des gens du monde, mais d'exposer d'une manière lucide ce qui avait été fait et ce qui restait à faire (*).
Les sciences qui faisaient l'objet du discours de l'abbé Mann étaient u les Mathématiques et la Physique^ ainsi que toutçs celles où ces deux grandes branches des connaissances humaines sont mêlées , que l'on nomme sciences physico-mathématiques : enfin les Arts mécaniques qui dérivent de ces deux sciences, et qui en dépendent par leurs principes. »
(c En passant en revue les derniers progrès qu'on a faits dans chacune de ces branches de nos connaissances, le point où elles se trouvent actuellement, et ce qui reste à faire pour leur per- fection, » disait notre académicien, « je ne saisirai que quelques grands traits relatifs à chacune, et je le ferai avec toute la briè- veté possible
Cf.... L'astronomie a pris depuis peu d'années, de très-grands accroissements. Je ne parle pas ici de la découverte de la nula- lion de Taxe terrestre, ni de celle de l'aberration de la lumière, dues aux observations de l'infatigable Bradley; elles datent de trop loin. Les nouveaux progrès dont je parle, elle les doit prin- cipalement à la perfection qu'on a donnée aux instruments dont elle se sert... [Les] lunettes achromatiques ont infmiment facilité les observations. C'est par leur moyen, et par le passage de Vénus sur le disque du soleil, qu'on a déterminé la vraie parallaxe
(') Voir le chapitre que j'ai consacré à rAssocialion Britannique dans mon Essai sur les institutions scientifiques de la Grandc-Brelagne et de l'Irlande,
AO CLASSE DES SCIENCES.
solaire , et par conséquent^ la distance de la terre au soleil, et la grandeur relative de tout notre système planétaire. » Ici , l'abbé Mann mentionne les expéditions organisées par l'Angleterre , la France et la Russie , pour observer ce fameux passage ; l'Obser- vatoire construit à Saint-Pétersbourg, par ordre de Pierre le Grand, et ceux qui ont été construits ce sous les auspices de Tauguste Marie-Thérèse : à Vienne, sous la direction des savants Liesganig et Hell; à Milan, sous celle de Boscovich et de La- grange; à Gralz, à Prague, à Tyrnaw, à Bude et ailleurs, sous d'autres habiles astronomes; enfin à Krcmsmûnster, dans la Haute-Autriche, où le P. Fiximillner observe depuis tant d'an- nées, avec une assiduité vraiment louable. »
II y a lieu de s'étonner que l'abbé Mann n'ait pas proGié de l'occasion toute naturelle qui se présentait, de rappeler l'absence d'un Observatoire dans les Pays-Bas autrichiens , cette lacune fâcheuse déjà signalée par Bernoulli, par Pigott et par l'Aca- démie elle-même. On a vu précédemment les regrets exprimés par les astronomes allemand et anglais, et voici ce que l'Aca- démie avait écrit à la Société palatine de Manheim , en réponse à la demande faite par celle-ci , de concourir à un système d'ob- servations météorologiques : « Attamen haud silendum arbitra- mur, nos in praesenti rcrum statu quodammodo vereri , ut cujus- cumquc generis observationcs a nobis fieri possint; deest enini liucusque locus ad observandum aptus, speculatoria turris,
UNDE motus SIDERUM INVESTIGARETCR , dcCSt Ct multa SUpclICX ad
res meteorologicas requisita (*). »
(^) « Nous ne croyons pas pouvoir passer sous silence que, dans l'état actuel des choses, nous craignons en quelque sorte de ne pouvoir entreprendre aucune espèce d'observations ; il manque en effet, jusqu'ici , un lieu propre à observer, un obser- vatoire d'où l'on suivrait le mouvement des astres; il manque aussi beaucoup d'instruments nécessaires aux observations météorologiques. * Ephemerides Soc, mcteor, Palatinœ, an. 1781. La speculatoria turris, que nous traduisons par obser- vatoire, rappelle l'idée encore dominante au siècle dernier, que les observatoires devaient être établis dans des tours trcs-élcvécs.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 41
Fermons cette parenthèse et revenons au discours de notre académicien : c< La comète de 1770, >3 continue-t-il, « que M. Lexcll de Pétersbourg a trouvée , après des calculs immenses, n'avoir que cinq ans et demi de période; et celle de 1779, dont les observations, selon M. Prosperin, astronome suédois, ne pouvaient correspondre qu'à une période de 1 1 50 ans , déroutent par leur disparité toutes les idées qu'on s'était formées des révo- lutions de ces corps, et montrent qu'elles ne sont pas mieux con- nues que leur nature. » La comète de 1 770 avait été découverte dans le mois de juin par Messier, et resta visible fort longtemps. 11 fut impossible de représenter les positions de Tastre par une parabole : les discordances étaient énormes, tandis que l'ellipse de Lexell y satisfaisait avec l'exactitude des observations elles- mêmes. JMais, d'une part, on ne trouvait aucune trace de la comète, avant les observations de Messier, et, depuis, elle n'a plus été aperçue ('). Quant à la comète de 1779, elle avait été découverte par Bode, et fut visible du 6 janvier au 17 mai; de Zach s'occupa aussi d'en calculer les éléments.
Mann parle ensuite des étoiles doubles, découvertes par Mayer, (( de l'Académie électorale de Manheim, » et par Herschel; de l'astre trouvé par ce dernier, au printemps de 1781, et que l'on pense être une nouvelle planète, au-dessus de l'orbite de Saturne, et d'une période de plus de 80 ans ('); du point lumineux aperçu pendant Téclipse du 24 juin 1778 par don Antonio de Ulloa,
(^) Oq sait l'explication qui a été donnée de cette anomalie apparente : o Pour- quoi, » dît Arago, « n'avait-on pas vu la comète tous les cinq ans et demi avant 1770? Par la raison que son orbite était alors totalement différente de celle qu'elle a parcourue postérieurement. Pourquoi la comète nVt-clle pas été aperçue depuis 1770? Par la raison que son passage au périhélie de 1776 s'effectua de jour, et qu'avant le retour suivant, la forme de Forbite fut tellement altérée par Tattraction planétaire que, si la comète avait été visible de la terre, on ne l'aurait pas reconnue.*
0 On lit dans une note ajoutée postérieurement : « L'on n'en doute plus actuel- lement : on sait même que cette planète a été vue en 4580 par Tycho Brahe, en 1690 par Flamsteed, et en i756 par Tobie Mayer, sans qu'aucun d'eux ait soup- çonné qu'elle fût autre chose qu'une étoile ûj.e. »
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sur le disque de la lune, ce qu'il croyait être une partie du soleil^ vue à travers le corps de notre satellite, et que Ton croit à pré- sent avec plus de vraisemblance être un volcan. »
u Quelles que soient ces découvertes en elles-mêmes, » dit-il. « elles prouvent au moins, combien peu les corps célestes nous sont connus. Il est encore à constater si l'obliquité de Fécliptique est constante ou variable, quoique les observations semblent prouver le dernier. On a bien lieu de soupçonner que le soleil même, outre son mouvement de rotation autour de son axe, a un mouvement de déplacement dans l'espace cosmique, mais nous ignorons tant la direction et la vitesse, que la nature de ce mouvement. La détermination de tous ces points est plus qu'il ne faut pour occuper les astronomes dans les siècles a venir. »
Après cette conclusion, qui paraîtra peut-être empreinte d'une certaine exagération, l'abbé Mann passe à la connaissance ce de la terre que nous habitons. Depuis une vingtaine d années, la géographie a fait de très-grands progrès. Ils sont principale- ment dus à la perfection où est parvenue la navigation dans cet intervalle de temps. » Grâce aux perfectionnements des Tables lunaires, la détermination des longitudes par la méthode des distances des étoiles à la lune est devenue très-facile. « Un pilote. snns savoir l'astronomie ni le calcul, peut en une demi-heure do temps trouver la longitude à un demi-degré près : il suflit pour cela de connaître distinctement une douzaine d'étoiles, de pouvoir mesurer une distance avec le quartier de réflexion, et de savoir Taddition et la soustraction.... [Les héritiers de Tobîe Mayer] ont reçu 3000 livres sterling à cette occasion, du par- lement d'Angleterre : le célèbre Léonard Euler reçut 300 livres en récompense de ses calculs. Le grand prix de 20000 livres, proposé en 1714 par le même parlement, pour celui qui décou- vrirait une méthode de déterminer les longitudes en mer à moins d'un degré près, avait déjà été accordé à Harrison, inventeur des montres marines.... Par ces divers moyens on peut assurer qu'il est devenu à peu près aussi facile de trouver la longitude en mer
RAPPORT DE M, ÉD. MAILLY. 43
qu'U Va été de tout temps d'y trouver la latitude. C'était le grand point désiré dans l'art de la navigation.... »
Ici se termine la partie du discours, relalive à rASTRONOMiB : nous ne nous expliquons pas le silence que garde l'abbé Mann sur les marées, sujet dont il s'était beaucoup occupé, et qui se rattache si directement à la science des astres. La modestie raurait-elle empêché de parler de ses travaux?
L'ordre naturel des choses nous conduit maintenant à parler d'un mémoire lu par l'abbé Mann à la séance de l'Académie, du 14 octobre 1774, et inséré dans le tome II des Mémoires; il a pour titre : Mémoire sur le feu élémentaire, considéré en général dans toute la nature, avec des conjectures sur ses différentes modifications, ses lois d'action, sa fin, et ses usages universels.
L'abbé Mann considère la lumière, la chaleur et le fluide électrique, comme différentes modiûca tiens d'un seul et même principe, appelé feu élémentaire, et dont la source principale et visible parait être le soleil. Le magnétisme, à son tour, n'est qu'un effet et une modification différente du fluide électrique.
Toutes les expériences et toutes les observations nous prou- vent que le fluide électrique, par son immense activité et ressort, tend sans cesse à se dégager et à s'échapper des corps où il se trouve renfermé, et à se répandre dans les vastes espaces célestes. M Nous le voyons s'élever de la terre que nous habitons à une très-grande hauteur dans l'atmosphère; et vraisemblablement, c'est en s'élançant de là dans les immenses régions planétaires, que ce fluide nous donne le phénomène des aurores boréales (ou australes), qui vont certainement à une hauteur bien au delà de toute atmosphère sensible. » Or, pour un spectateur placé à une grande distance de la terre, et à l'ombre du soleil, l'aurore boréale ferait l'effet d'une traînée de lumière en forme de queue, accompagnant notre globe; rapparence lumineuse de cette traînée et sa direction à l'égard du soleil , ressembleraient en tout aux queues des comètes. « Ce spectateur verrait de même toutes les
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autres propriétés et phénomènes des aurores boréales terrestres s'aecorder en tout avec ceux des queues des comètes, tant dans leur rareté et transparence, que dans leur vive lumière... Puisque la matière qui forme les aurores boréales et les queues des comètes esl donc parfaitement semblable dans tout ce que nous en voyons, et que ces phénomènes s*accordent dans toutes leurs propriétés connues, comme dans leur direction par rapport au soleil et aux corps dont elles émanent, on est en droit de conclure [qu'ils ont un même principe et une même cause, et ne consistent que dans des émissions du fluide électrique de leurs corps respectifs...] Puisque le mouvement d'une comète se fait dans une courbe qui est une ellipse très-excentrique, et que l'émanation et la projec- tion de chaque partie du fluide électrique qui compose sa queue, se fait dans la direction exactement opposée au soleil; la combi- naison de ces deux mouvements doit donner à la queue une petite déviation d'une ligne droite,... et c'est aussi ce qui se vérifie. On remarque aussi que le côté convexe des queues des comètes est plus lumineux et plus nettement terminé que leur côté con- cave; ce qui paraît résulter de la petite résistance du milieu ethériefi, que rencontrent ces queues dans leur mouvement très-rapide : résistance qui n'est capable de produire qu'une petite condensation du fluide électrique, du côté qui devance le reste... Les queues des comètes finissent par rapport à nous, à l'endroit où disparait le fluide électrique, qui émane de ces corps ; et de là il est invisibicment dispersé par toutes les régions planétaires (de même que la lumière), pour y être recueilli par les planètes dans leurs révolutions autour du soleil...
« Il est très-probable que ce fluide électrique tend également à se dégager et à se séparer des autres planètes , en s'élançant et en se répandant dans les espaces planétaires, jusque bien au delà de l'orbite de Saturne; car la matière de ce fluide, par sa très- grande activité et élasticité, par sa vitesse immense, et par toutes les autres propriétés que nous lui connaissons, tend sans cesse à faire de vastes excursions dans toutes les régions planétaires,
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. të
et peut-être même bien au delà vers les endroits qui approchent le plus du vide, qui sont sans dout€ ceux qui existent entre les différents systèmes planétaires.
« [D'après ce que nous savons de la parallaxe des étoiles fixes], il doit exister des espaces vides immenses , entre notre système planétaire, et ceux des autres étoiles fixes... [Les comètes] servent a recueillir le fluide qui s'est échappé des planètes en s'élançant dans [ces espaces], où il se trouve en équilibre. [Echauffées dans leur approximation vers le soleil, elles communiquent de nouv<?au ce fluide] aux planètes, qui ne le recueillent que pour le modifier suivant les fins de la nature : en sorte que la circulation perpé- tuelle de ce fluide, nécessaire au grand tout^ est entretenue et renouvelée sans cesse, et que rien ne se fait dans le système pla- nétaire, que d'une manière entièrement analogue à ce que nous voyons et expérimentons continuellement dans les circulations perpétuelles de notre atmosphère, des vents, des vapeurs et des exhalaisons, qui retournent en pluie, en neige, en explosions fulminantes, etc., pour s'exhaler et s'élever de nouveau : car tout est analogue et harmonique dans la nature universelle. On pourrait peut-être encore ^ et même avec quelque apparence de fondement, tirer, de cet exposé, des conséquences par rapport au monde animal et végétal, et même par rapport à la nature entière, sur laquelle ces accessions et nouvelles provisions du feu élémen- taire et de la matière électrique et vitale arrivent de nouveau : conséquences et effets , qui , selon la croyance de tant de siècles , ne manquaient jamais de suivre l'apparition des grandes comètes, qu'ils ont eu tant de soin de marquer, comme étant arrivées après ces époques et par une suite nécessaire... Je rejette et je condamne absolument et universellement toute astrologie judi- ciaire, comme bâtie sans aucun fondement;... mais je ne dirai pas que des causes physiques aussi considérables et aussi mani- festes que celles dont nous parlons, ne puissent produire des effets physiques, qui leur soient analogues et proportionnés... « Le sentiment que j'ai proposé... sur la fin et sur les usages
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des comètes est assez conforme à celui du grand Newton... [Celui] que j'ai avancé sur la nature de Taurore boréale est aussi très- conforme aux observations qu'en fit en 1716 le célèbre docteur Halley... [Halley] s'est très-bien aperçu de l'analogie et de la res- semblance qu'il me parait y avoir entre les queues des comètes^ les aurores boréales et les émissions ou émanations électriques. » L'abbé Mann parle ensuite de la voie lactée et des nébuleuses, (( La voie lactée, » dit-il , a est une blancheur irrégulière, qui semble faire le tour du ciel en forme de ceinture. On trouve aussi , dans certaines parties du ciel où la voie lactée ne s'étend pas, de petites blancheurs, qui, à la vue simple, ressemblent à des étoiles peu lumineuses et qui, dans le télescope, font une blancheur large et irrégulière au fond du ciel , dans laquelle on ne distingue pas d'étoiles ; et ailleurs on voit des espaces couverts de cette blancheur, et semés de petites étoiles; c'est ce qu'on appelle proprement des nébuleuses^ et des nébulosités. Les vraies nébuleuses paraissent être de petites portions de la voie lactée, répandues en différents endroits du ciel... Il n'est rien moins que démontré, que les étoiles soient la seule cause de cette blancheur... Mais ne pourrait-on pas soupçonner dans ces plages célestes, de grands amas d'une lumière primordiale , ou des assemblages de fluide électrique en beaucoup plus grande quantité qu'ailleurs, réservés à une fin et à un usage spécial, que nous n'avons encore pu connaître jusqu'à présent?... [Halley] a eu, sur cet objet, une idée assez semblable à celle que je propose aujourd'hui. Il regarde ces phénomènes comme propres à rendre raison d*un fait important qui nous est révélé dans la Genèse, où il est dit que la lumière fut créée avant le soleil. Il croit donc que la voie lactée et les nébulosités ne sont point produits par des amas de petites étoiles, mais par de grandes traînées de cette matière lumineuse et ignée, qui forme le soleil et les étoiles, laquelle étant éparse dans ces endroits du ciel , et privée de cette condensation et fermentation qu'elle a dans les grands corps lumi- neux, donne une blancheur plus ou moins éclatante, selon qu'elle
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est plus OU moins raréfiée. Ce ne sont que des conjectures , je Tavoue volontiers, mais elles paraissent plus vraisemblables que toutes celles qu'on a faites jusqu'à présent. »
On peut contester les idées émises par l'abbé Mann sur le fluide électrique , répandu dans l'univers dont il serait le grand ressort; sur la formation identique des aurores boréales et des queues des comètes par ce fluide ; sur la fm des comètes destinées à recueillir le fluide électrique des espaces célestes et à le com- muniquer de nouveau aux planètes d'où il s'est échappé. Mais la grandeur de ces idées frappera tout le monde et l'on reconnaîtra que l'abbé Mann avait un esprit large et sans préjugés : il a eu soin lui-même, au commencement de son mémoire, de rappeler la vraie méthode scientiflque : « On peut bien penser, » dit-il, « qu'une bonne partie de ce que je vais dire, ne sera que des conjectures; mais quand les conjectures sont fondées sur des observations et des expériences, et qu'elles donnent des explica- tions naturelles des phénomènes, elles ne doivent pas être exclues de la physique, si on ne veut fermer la porte aux découvertes, qui ne viennent pour la plupart qu'à la suite de quelque conjec- ture heureuse, confirmées peu à peu par de nouvelles preuves, jusqu'à ce qu'elles parviennent au point d'une certitude entière. » Ce qui mérite bien notre admiration, c'est que, dès l'année 1774, l'abbé Mann regardait la lumière, la chaleur et l'eïectri- cité, comme différentes modifications d'un seul et même prin- cipe, et le magnétisme comme un effet et une modification du fluide électrique.
L'abbé Mann, avons-nous dit, connaissait à fond le livre des Priucipbs : « Depuis qu'on a connu les découvertes de l'immortel Newton, w écrivait-il en 1774 (*), « et qu'on a bien compris la force de ses démonstrations, on ne peut plus raisonnablement douter de l'existence réelle de Vattraction ou gravitation uni-
(') Mémoire sur lei marées aériennes, la à la séance du 46 novembre 4774, et ioséré dans le tome IV des Mémoires.
4S CLASSE DES SCIENCES.
verselle dans toutes les parties de la matière : c'est un attribut essentiel des corps, et une loi générale qui émane de la nature des choses... Tous les phénomènes du mouvement curviligne des planètes et des comètes, découlent de la combinaison de leurs forces projectiles, et de cette loi générale A*aUraction récip^^oque entre ces astres et le soleil, et entre les planètes et leurs satellites respectifs. La révolution rétrograde des nœuds de Téquateur fer- restre, la nutation de son axe, les irrégularités du mouvement de la lune, celles du mouvement de Saturne et de Jupiter, la petite révolution du soleil autour d'un centre pris non loin de son propre centre , naissent et découlent de la loi générale d'une attraction réciproque entre tous les corps qui composent notre monde planétaire.
« De cette même attraction résulte le flux et^ reflux de la mer; dont tous les phénomènes et toutes les variations (à l'ex- ception des irrégularités qui proviennent de la situation des terres) ne sont qu'une suite de la gravitation universelle, et ont pour cause l'action combinée du soleil et de la lune sur les eaux de la mer... La force moyenne du soleil, pour soulever le^ eaux de la mer, est à celle de la lune , comme 1 est à 2 {. Si donc les deux forces réunies soulèvent les eaux de huit pieds dans les syzygies, qui est la quantité que le calcul donne, il suit que l'action seule du soleil ne les soulève que de 2f pieds, pendant que celle de la lune les soulève de S | pieds. La quantité des marées moindres que celle-ci, qu'on observe dans l'Océan, doit être attribuée à l'inertie des eaux et à leur frottement sur le fond, qui résistent à leur déplacement, à la cohésion des parties, qui résiste à leur séparation, et enfin, au peu de temps qu'elles ont pour céder à l'effet du soleil et de la lune, avant la rencontre des continents. Au contraire, sur les côtes des continents, on observe des marées qui surpassent de beaucoup la quantité de 8 pieds, ce qui vient de l'obstacle que les terres opposent au mouvement de la mer : les eaux accumulées dans un golfe, dans un détroit, réfléchies par les terres voisines et retenues par les côtes où la
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force progressive ne se trouve pas vaincue , jusqu'à ce que les eaux se soient gonflées et montées à l'équilibre de cette force, les vents enfin, et surtout le concours de toutes ces causes, doit produire de très-grandes marées... Ainsi la petitesse des marées, dans les mers libres, et leur hauteur extraordinaire sur des côtes qui retiennent les eaux, sont produites par des causes étrangères, el n'empêchent point de reconnaître l'effet des attractions du soleil et de la lune dans ces mouvements réglés de la mer... Les principes déjà posés sur l'attraction en général et sur les effets qu'elle doit produire dans l'océan terrestre, étant combinés avec la forme et l'étendue des mers, avec le gisement des côtes, avec les bancs et les bas-fonds de la mer, et avec les îles qui s'y trou- vent, suffisent pour rendre raison de tous les phénomènes qu'on observe dans les marées, lesquels sont si différents entre eux , en différents temps et lieux... (').
« De cette théorie des marées terrestres, » dit encore l'abbé Mann, « il serait facile de calculer celles de la lune, dans le cas qu'il y ait des mers, (supposition, qui est, pour bien des raisons, très-douteuse) : car, comme l'attraction est toujours en raison directe des masses des corps attirants, et comme la masse de la (erre est à celle de la lune, comme i est à 0,01399, il suit que la force de la terre pour soulever les eaux lunaires (s'il y en a) est à la force de la lune pour soulever les eaux terrestres, comme 74 est à 1. Donc si la force attractive de la lune soulève les eaux dans notre océan de 5 f pieds, la terre soulèvera les eaux lunaires jusqu'à la hauteur d'environ 400 pieds. Mais comme la lune
(^) « Je oe me serais pas arrêté si longtemps sur une chose si bien connue que sont les marées de TOcéan, dans leurs causes et dans leurs phénomènes très-variés, si je n^eusse pas cru qu'il fallait cette base et ce fondement, pour en déduire avec clarté ce qui regarde les marées de l'atmosphère terrestre, qui proviennent des mêmes causes que celles de TOcéan, et y sont presque en tout analogues. » C'est par ces mots que commence le § Il du mémoire, on il est traité de Vextitence, de la nature el de la quantité des marées aériennes, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
4
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oppose toujours la même partie de son corps vers la terre, les eaux (s'il y en a) resteront soulevées invariablement dans la même situation, du côté vers la terre, et de celui qui lui est opposé, à Fexception toutefois des petites variations qui résultent de Fat- traction solaire et des inégalités du mouvement de la lune , qui proviennent principalement de ses différentes distances de la terre et du soleil , lesquelles doivent faire varier la quantité des forces attractives respectivement. »
L'abbé Mann s'était beaucoup occupé de la question des ma- rées. Dans le Mémoire sur Vancien état de la Flandre mari- lime, qui lui valut l'entrée à l'Académie , et qui a été imprimé dans le tome h^ des Mém^oires, il consacre deux chapitres aux Phénomènes des marées sur la côte de Flandre et dans presque tout V océan Germanique, et à La quantité des marées sur la côte de Flandre^ etc. et leur comparaison avec la hauteur de différentes parties du pays adjacent « L'irrégularité de ces marées (de la mer du Nord) est telle, » dit-il, « qu'il paraît im- possible d'en déduire aucune -théorie, ou de les calculer avec certitude et précision (*). Cette irrégularité résulte manifestement de la forme de cette mer, du gisement de ses côtes et d'une infi- nité de bancs de sable et de bas-fonds, dont presque toute celte mer est remplie.» L'abbé Mann l'attribue surtout à la « différence de largeur de l'entrée et de la sortie des marées dans cette mer. » Cette largeur est de 80 lieues environ à l'entrée (entre les côtes de Norwége d'une part, et les lies Shetland, les Orcades et la côte de l'Ecosse de l'autre), tandis qu'elle n'est que de 7 lieues à l'autre extrémité , qui est le détroit de Calais. L'abbé Mann attri- bue encore à la conformation de la mer du Nord, « le phénomène extraordinaire qu'on remarque sur les côtes hollandaises et fla-
(*) Ce mémoire, on se le rappellera, fut présenté à la séance du 6 oclobrc I773j dans le Mémoire sur les marées aériennes , qui fut lu un an plus tard , Tabbé Mann semblait ne plus admettre celte impossibilité. L'irrégularité dont il parle n^ctait pas, du reste, telle qu'il se la figurait, ainsi qu'il résulta de la discussion d,es obser- vations des marées, faites en 1855, en différents points des cotes de la Belgique.
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mandos d'une parl^ et les côtes de l'Angleterre de l'autre. Quand il est haute marée au milieu de la mer entre ces côtes et l'Angle- terre, il est demi-flux sur l'une de ces côtes et basse marée sur la côte opposée; et quand il est haute marée sur une côte^ c'est le demi-flux ou demi-jusant au milieu de la mer, et basse mer sur l'autre côte et vice versa. Ce phénomène est presque unique à cette mer, selon le sentiment de divers marins qui ont fréquenté différentes parties du globe... Sur la côte de Flandre, le flux dure cinq heures ou quatre heures et demie , et le jusant sept heures ou sept heures et demie, comme je l'ai souvent observé moi-même... Les grandes marées arrivent ordinairement le troi- sième ou le quatrième jour après les phases de la lune dont elles dépendent.
« Toutes les observations des marins et toutes les tables des marées marquent qu'il est haute marée en même temps sur toute la côte de Flandre... La haute marée arrive ordinairement, sur toute cette côte, une demi-heure après que la lune a passé le méridien , ou à peu de chose près , ce que je dis à cause que les vents, suivant leurs diverses directions, peuvent accélérer ou retarder les marées , comme je l'observe journalîèrement. m L'auteur donne ensuite la quantité (hauteur) des marées à Os tende et à Nieuport, d'après les observations de M. Meynne, capitaine des pilotes, pour le premier point, et ses propres observations pour le second. En réduisant en mètres les mesures données en pieds de France et des Flandres , on trouve :
^'îiift.ïïSS""' Om.«.
NiKOMMT.
■■■• •■■«
1"* Des syzygies 5,56 5,20
2' Des quadratures 4,06 3,73
Les marées des syzygies montent quelquefois à 8™,77 à Ostende, et à 7™,47 à Nieuport. Dans ce dernier lieu les obser- vations ont été faites h l'intérieur du port; mais hors du port, dit M. Mann, les marées ordinaires des syzygies sont les mêmes
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que sur tout le reste de la côte de Flandre, c'est-à-dire de 17^ pieds de France [S",69], selon Topinion unanime des navi- gateurs. Il cherche à expliquer cette différence et finit par ces mots : c( Voilà une très-petite partie des observations sur les marées que j'ai déjà rassemblées; j'espère d'en augmenter le nombre avec le temps, de les corriger avec toute la précision dont je suis capable et d'en former un mémoire à part. »
Le mémoire à part dont il est ici question est très-probable- ment celui qui fut lu à la séance du 20 novembre 1776, et imprimé dans le tome II des Mémoires. Il a pour titre : Mé- nnoire sur l'histoire naturelle de la mer du Nord, et sur la pêche qui s'y fait. La deuxième section traite des marées et des courants en général : « Dans le premier mémoire (celui dont il vient d'être parlé), jai traité assez au long, » dit l'abbé Mann, Cl tout ce qui regarde les marées sur les côtes des Pays-Bas, par rapport au pays adjacent. On y trouve leurs quantités et leurs élévations respectives comparées avec celles des différentes par- ties du pays, les marées extraordinaires, les hauteurs convena- bles des digues de mer, etc. (*). Je m'y suis beaucoup étendu pour constater la quantité exacte des marées sur cette côte, et pour prouver que celles des vives-eaux (syzygies) moyennes s'élèvent et s'abaissent de 17^ pieds de France. Toutes les recherches et les observations que j'ai faites depuis, ne me don- nent aucun lieu de changer ce que j'en [avais] dit... Je me bor- nerai à ce qui regarde les marées et les courants de la mer du Nord considérée en général et dans toute son étendue. »
L'abbé Mann explique le phénomène du flux et demi-flux par la loi de l'égalité des angles d'incidence et de réflexion des marées. « Ce phénomène se fait remarquer surtout, et même plus irré- gulièrement qu'ailleurs, dans la partie méridionale de la mer du Nord qui est entre les Pays-Bas et l'Angleterre; et cela à cause du peu de largeur de cette mer... »
(*) Nous n'avons pas donne ces résultats, qui se rapportent à l'hydrographie, et non à Tastronomie.
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A la fin de ce mémoire on trouve quelques tables intéres- santes, dont voici un extrait :
Qaaaiilë dei marëei. OsTiifti bt Niiopoit.
u.
Maximum des syzygics 6,70
Moyenne id. 5,58
Minimum id. 4,4G
Maximum des quadratures 4,46
Moyenne id. 5,62
Minimum id. 2,40
La quantité des marées a été mesurée sur une échelle dont le point fixe, à Ostende, se trouvait (d'après les observations de M. Mann) à 3™,4i au-dessous du niveau réduit de la mer, a et qui en serait la surface actuelle, s'il n'y avait point de marées ni rien autre chose qui en dérangeât l'équilibre. » A Nieuport (d'après les observations de l'ingénieur Duval, en 1776), le point fixe de l'échelle se trouvait à 2°>,79 au-dessous du même niveau.
Dans une seconde table, Tabbé Mann donne pour chaque jour de la lune Theure de la haute mer en différents endroits des mers du nord-ouest de l'Europe. Il suppose que ce phénomène a lieu au même instant sur toute la côte de Flandre depuis Gravelines jusqu'à l'Ecluse. Cette table est calculée en admettant que , d'un jour à l'autre , l'heure de la marée retarde uniformément de 48 minutes. L'auteur donne 12 h. 0 m. pour l'établissement du port sur la côte de Flandre, et 6 h. 0 m. pour le même élément à Anvers; il dit qu'il a tiré sa table des atlas marins tant anglais que français, de Y Hydrographie du P. Fournier, de la Connais-- sance des Temps, ainsi que de ses propres observations sur la côte de Flandre.
Le tome V des Mémoires de l'Académie renferme une Disserta- lion de l'abbé Mann sur les syrtes et les marées de la mer Médi- terranée, qui fut lue à la séance du 16 janvier 1786. « L'on croit souvent, » dit l'auteur, « que la mer Méditerranée n'a pas
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de marées : nous verrons bientôt que cela n'est pas généralement vrai. Les marées y sont tout à fait locales, et les parties de cette mer où elles ont lieu sensiblement^ étaient si peu connues des Grecs et des premiers Romains, que ces peuples n'avaient guère lieu de les observer ni d'étudier leurs intervalles et leurs quan- tités, encore moins d'en pénétrer la cause. M. de La Lande, dans le grand Traité du flux et reflux de la mer, qui fait partie du 4m« tome de son astronomie, donne fort au long l'histoire de nos connaissances sur les marées... On y trouve aussi la théorie des marées en général, et en particulier dans les mers isolées. » L'abbé Mann dont Lalande avait cité les travaux avec éloge, lui devait bien cette mention de son ouvrage.
Le tome V des Mémoires renferme encore des « Tables des monnaies, des poids et des mesures anciennes et modernes de diverses nations, avec leur évaluation; extraites des auteurs qui ont traité ces matières avec le plu^ d'exactitude, et précé- dées d'un mémoire sur leur nature, leur autorité et leur usage. Ces tables sont le résultat des recherches de l'abbé Mann, prolongées pendant un grand nombre d'années. L'introduction porte la date du 23 avril! 788 : « On ne cesse de se plaindre, » dit l'auteur, ce des inconvénients qui proviennent de la diversité des poids et des mesures des différents pays, et souvent des villes d'un même pays et d'une même province. Ces inconvé- nients ont fait désirer l'établissement d'un même poids partout et d'une mesure universelle. On a fait pour cet effet différentes tentatives en plusieurs pays, mais ce n'a été toujours qu'infruc- tueusement. » L'abbé Mann regarde l'idée d'un même poids et d'une mesure universelle, « pour belle et désirable qu'elle soit en théorie, » comme impossible à réduire en pratique. 11 présente une (i notice de quelques tentatives qui ont été faites en divers temps pour donner seulement une mesure longitudinale, nalu- relie, invariable et universelle pour toutes les nations,tentatives qui jusqu'à présent sont restées infructueuses. »
Kous terminerons cette énumération des travaux de Tabbé
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Mann, par le Mémoire sur les moyens de parvenir à une théorie complète des météores, présenté à la séance du 7 mars 1774, et inséré dans le tome I^^ des Mémoires. On y lit ce qui suit : « Pour parvenir à une théorie bien fondée, et tant soit peu complète en météorologie, il faut nécessairement avoir une longue suite d'observations faites en même temps, et sur les mêmes principes, en différents endroits, par des savants qui tra- vaillent unanimement et uniformément à cette fin , et avec des instruments de la même espèce, ou au moins tels, qu'il soit facile à comparer leurs résultats ensemble. Il faut, de plus, que tous les registres de leurs observations soient exactement réduits sur un même et unique pied, avant que de les remettre à TAca- déroie, ou à celui qui sera chargé de rédiger la théorie , afin de pouvoir les comparer d'un coup d'œil^ sans quoi, on ne serait guère en état d'en tirer les conséquences nécessaires pour établir une théorie générale... Une seconde attention à faire, et qui est même bien plus essentielle que la première, c'est, de déterminer d'avance quels sont les différents phénomènes que chacun doit observer en même temps, et combiner, pour être en état d'en tirer des résultats, qui mèneraient peu à peu à une théorie géné- rale des causes et des effets météorologiques. » Parmi les obser- vations , au nombre de vingt-deux , dont il sera convenable de tenir un registre exact, figurent : ...16° Les aurores boréales, les lumières zodiacales, leur intensité, durée et autres phénomènes; 17« Les autres météores ignés, comme globes de feu, exhalaisons enflammées, etc.
IVous avons cité ce mémoire, parce qu'il donne une nouvelle preuve de l'esprit généralisa te ur de l'abbé Mann, et parce que nous aurons à parler des étoiles filantes, des bolides, des aéro- lithes, et des lumières zodiacales, dont il sollicitait l'observation régulière. Il ne paraît pas qu'on ait répondu à l'appel du savant abbé, du temps de l'ancienne Académie : du moins ne connais- sons-nous que l'observation de la lumière zodiacale, faite à Lou- vain, le 26 février 1777, par l'abbé de Marci , et que le Journal
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des séances (*) rapporte en ces termes : « M. l'abbé de Marci avait observé une lumière zodiacale qui parut à Louvain le 26 février de cette année à 7 ^ h. du soir. La pointe était à l'orient d'été. Cette lumière suivait exactement le zodiaque en divergeant. Elle couvrait Jupiter, Orion, les Pléiades et Vénus par sa base. Elle parut quitter cette dernière en se détournant vers le midi, où elle se dissipa environ à 30° au-dessus de l'horizon occidental , près de deux heures après son apparition. L'air était serein, doux et calme, sans aucun nuage. Cette lumière était très-blanche, bien plus forte que celle de la voie lactée : sans offusquer les astres, elle en ternissait l'éclat.
VI
CONCLUSION.
Il nous semble résulter de l'exposé que nous venons de faire, que les travaux astronomiques de l'ancienne Académie n'ont pas laissé que de jeter du lustre sur ce corps savant: ils étaient dus, il est vrai^ exclusivement à des étrangers. Mais si Bruxelles eût possédé un Observatoire fourni d'instruments perfectionnés, l'abbé Mann, dont les connaissances étaient très-étendues, en fût peut-être devenu le directeur; l'abbé Chevalier, au lieu d'aller s'enfouir dans la Bibliothèque royale, eût accepté les fonctions d'observateur; l'un des Pigott, le père ou le fils, aurait prolongé son séjour parmi nous. Une correspondance active eut été entre- tenue avec l'étranger, par l'intermédiaire de correspondants zélés, comme Messier, Lalande, de Zach. Le goût de l'astronomie se serait développé : on aurait recruté des aides parmi les jeunes Belges, et notre pays n'eût pas dû attendre soixante ans pour reprendre la place qu'il avait occupée jadis parmi les nations.
(*) Mémoires, tome II.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 57
DEUXIÈME PÉRIODE
(1816-1834).
VH
Le rétablissement de TAcadëinic, en 1816, sous le nom d'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles. — Les académiciens regnicoles et étrangers élus jusqu'à la fin de 1834.
La révolution brabançonne d'abord, puis l'invasion française, deux fois répétée et suivie de l'incorporation de la Belgique à la France, ruinèrent l'Académie de Marie-Thérèse : la compagnie, qui avait tenu sa première séance le 13 avril 1773, s'assembla, pour la dernière fois, le 21 mai 1794 (*).
Rétablie en 1816 par le roi des Pays-Bas, sur la proposition de M. Falck, l'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles fut installée le 18 novembre de la même année.
Des anciens académiciens, dont nous avons parlé, trois étaient encore vivants : Messier, de Zach et Van Swinden : celui-ci avait été seul désigné par le roi pour faire partie de l'Académie res- taurée. Parmi les nouveaux membres, nous ne voyons figurer aucun astronome : le premier qui soit entré dans la compagnie, après sa réorganisation, est M. Van Utenhove, avantageuse- ment connu par de nombreuses observations et recherches, insérées dans Y Astronomisches Jahrbuch de Bode et dans le
(*) Nous devons faire remarquer que , dans ce qui précède , il n'a été parlé que des trayaux imprimés de rAcadémie ; il en sera de même pour ce qui va suivre. Le Journal imprimé des séances de Fancienne Académie s'arrête à la séance extraordi- naire du 18 juillet 1788 , continuée le lendemain.
58 CLASSE DES SCIENCES.
Kunst-en Letlerbode^ et par la publication des célèbres Lettres cosmologiques de Lambert, traduites parDarquier. Cette Iradue- lion avait paru à Amsterdam en 1801, et M. VanUlenhove y avait joint une biographie de l'auteur et plusieurs notes intéressantes concernant les progrès de Tastronomie depuis Tépoque (1761) où l'édition allemande de Touvrage avait paru.
M. Van Utenhove fut élu le 30 novembre 1818 : « il n'enri- chit nos recueils d'aucun de ses ouvrages, » dit M. Quetelet, « mais il se rendit très-utile par les nombreux rapports qu'il fut chargé de faire et dont il s'acquittait toujours avec autant de zèle que de savoir. On peut dire même que quelques-uns de ses rapports étaient de véritables mémoires académiques, et il est à regretter que nous n'eussions pas alors un Bulletin pour les recueillir (*). »
Le ler février 1820, entrait à l'Académie, àTàge de 24 ans, l'homme qui allait exercer la plus heureuse influence sur le développement de ses travaux et de ses relations, et faire revivre parmi nous les études astronomiques. C'est à M. Ad. Quetelet que l'on doit la création de l'Observatoire de Bruxelles; et ce qu'il lui fallut de persévérance, d'énergie et de patience pour arriver à son but, ceux-là seuls qui l'ont vu à l'œuvre peuvent en témoigner. La première idée remonte à l'année 1823: elle avait été fort bien accueillie par M. Falck, et cet illustre homme d'Etat s'était empressé d'envoyer son jeune confrère (*) à Paris , pour s'y exercer à la pratique des instruments et des calculs, et recueillir les renseignements nécessaires à l'établissement projeté. Revenu en Belgique en i 824 , M. Quetelet s'empressa d'adresser un rapport au gouvernement, et le 1®^ mars il donna lecture de ce rapporta l'Académie, « par forme de communication ('). » Dans
(*) Notice sur J.-M.-C. Van Ulcnhovc, Annuaire de V Académie pour 4838. Né le 26 juillet 4775, à Utrecht, M. Van Utenhove mourut a Licnden, dans la Gueldre, le l*"" septembre t836.
(') M. Falck avait été élu mcmbro honoraire de TÂcadéuiie, le 7 mai 1818.
(^) Journal des séances, tome lU des Nouveaux Mémoires.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 39
la séance suivante du 8 avril, il fut résolu, « relativement au projet de rétablissement d'un Observatoire à Bruxelles, » que TÂcadémie prendrait ce projet en considération, et le président (le prince de Gavre) voulut bien se charger de le présenter à Sa Majesté et de l'appuyer (•). Toutefois l'arrêté royal ordonnant la création de l'Observatoire ne parut que le 8 juin i 826. Il fut très-bien accueilli dans le monde savant. L'astronome Bouvard, qui avait été le maître de M. Quetelet, écrivait à ce dernier^ le 40 juillet : a ... Je suis chargé, de la part de mes confrères, de vous féliciter de l'heureux succès de vos constantes sollicitudes en faveur de la science. MM. Poisson et Laplace prennent un véritable intérêt à voir créer un Observatoire en Belgique... Faites votre plan de telle sorte qu'il soit le plus convenable et le plus avantageux, afln de pouvoir y placer les instruments prin- cipaux qui doivent meubler un observatoire complet, fait pour honorer le souverain qui en a ordonné la construction (*)... » Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire de l'Observatoire de Bruxelles : il nous suffira de dire que M. Quetelet en fut nommé directeur par arrêté royal du 9 janvier 1828, et que, par suite des retards apportés aux constructions, les instruments méridiens ne purent être placés qu'en juillet 183S.
M. Bouvard avait été élu correspondant de l'Académie, le 8 octobre 1825 : « Je revins en Belgique en 1824, » dit JM. Quetelet, dans la notice qu'il a consacrée à son maître, « et je continuai à recevoir de nouvelles preuves de l'amitié de Al. Bouvard; il me transmettait les nouvelles scientifiques qui se rapportaient à mes travaux et me tenait au courant des décou- vertes astronomiques. L'xAcadémie royale de Bruxelles à qui je faisais part de ces communications, inscrivit, le 8 octobre 1825, le nom de M. Bouvard parmi ceux de ses correspondants pour la classe des sciences... Il ne se borna pas à accepter le titre,
(^) Journal de$ séances , tome III des Nouveaux Mémoires. (*) Voyez la notice de M. Quetelet sur Alexis Bovvçrd dans VA nnuairc de VA ca- demie pour 1844.
60 CLASSE DES SCIENCES.
il remplit fidèlement les devoirs de correspondant de TAca- démie. »
Après Bouvard, l'Académie s'associa : en 1826, J.-F.-W. Hbr- scHEL, président de la Société astronomique de Londres, Gam- BART, directeur de l'Observatoire de Marseille , Nicollet , astro- nome de l'Observatoire de Paris; en 1827, P. Barlow et James South, de la Société royale de Londres; en 1828, le capitaine E.Sabine, de la même Société; en 1829,1e colonel Bory de SAiirr- ViNCENT, J.-F. Encre, directeur de l'Observatoire de Berlin, et Schumacher, directeur de l'Observatoire d'Altona; en 1834. Arago , directeur de l'Observatoire de Paris, et Plana, directeur de l'Observatoire de Turin.
Tous ces correspondants sont morts aujourd'hui, à l'exception de Sabine, devenu général, et qui a eu longtemps l'insigne honneur de présider la Société royale de Londres. Quelques-uns d'entre eux .ont pris une part active aux travaux de l'Académie, d'autres lui ont témoigné de l'intérêt et de la sympathie. L'in- fluence de M. Quetelet dans le choix de ces hommes distingués est indéniable : les voyages que le futur secrétaire perpétuel eut l'occasion d'entreprendre en Angleterre, en Allemagne et en Italie, l'avaient rapproché des astronomes les plus habiles de l'époque, et il fit tourner ses relations personnelles à l'avantage de l'Aca- démie. Par une heureuse coïncidence, il se trouva que la plupart des élus avaient la direction des premières sociétés savantes de l'Europe, ou bien y exerçaient une grande influence : il s'établit ainsi entre ces sociétés et la nôtre des rapports dont profila l'ensemble des travaux de l'Académie de Bruxelles.
Quand nous aurons nommé MM. G. Dandelin, 6. Moll, R. Van Rees et Alex, de Humboldt, élus membres ordinaires, respectivement le i^^ avril 1822, le 8 mai 1828, le 6 mars et le 3 avril 1830, nous aurons épuisé la liste des savants dont les travaux se rapportent plus ou moins à l'astronomie.
Le colonel Dandelin a publié un Mémoire sur la délermi-
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 61
natiofi géométrique des orbites cométaires sur lequel nous reviendrons plus lard (*).
Gérard Moll avait été directeur de FObservatoire d'Utrecht; mais les dispositions défectueuses de cet établissement et un peu aussi la mobilité de son esprit l'avaient détourné des observa- lions astronomiques : les seules qu'il ait publiées ont pour objet la comète de 1819, et le passage de Mercure sur le soleil, du 5 mai 1832. Comme historien de la science, il a fait paraître une dissertation sur les premiers inventeurs des instruments propres à toir au loin (verrekykers). 11 a aussi donné un mémoire sur les télescopes à miroirs. Après sa nomination à TAcadémie de Bruxelles, il avait fait espérer une coopération active aux tra- vaux de la compagnie, mais les événements politiques qui sui- virent ne lui permirent guère de réaliser ses promesses ('). Nous aurons Toccasion de reparler de lui , à propos des observations sur les marées qui furent faites en 1835, sur les côtes de Hol- lande et de Belgique , à la demande du gouvernement anglais.
Richard Van Rees était, au moment de son élection, profes- seur à l'université de Liège : les événements de 1830 le déci- dèrent à retourner en Hollande. Après avoir occupé d'abord une chaire de mathématiques à l'université d'Utrecht, il succéda, en 1838, à son ancien maître, M. Moll, comme professeur de phy- sique et directeur de l'Observatoire.
Alexandre de Humboldt avait été élu membre ordinaire de l'Académie, en vertu d'un article du règlement de 1816, qui stipulait que sur quarante-huit places , dix-huit pouvaient êlre données à des sujets demeurant dans toutes les provinces du royaume des Pays-Bas et douze à des savants étrangers. De Hum-
l*) Tome XIII des Noui)eaux Mémoires, 4841. Le colonel Dandclîn, né le 12 avril 1794, au Bourget, près de Paris, est mort à Bruxelles, le 15 février 1847. M. Que- lelet a donné sa notice biographique dans V Annuaire de V /académie pour 1848.
(•) Voir la notice que M. Quetelet a consacrée à G. Moll dans Y Annuaire de V Académie pour 1839. Né le 18 janvier 1785, à Amsterdam, Moll mourut dans la rociDc ville, le 17 janvier 1858.
62 CLASSE DES SCIENCES.
boldt avait touché à toutes les sciences. II avait eu l'occasion dans ses voyages de faire de nombreuses observations aslrono- miques : dans la nuit du ii au 12 novembre i799^ il fut témoin d'une apparition extraordinaire d'étoiles filantes, et le récit qu'il en donna fut le point de départ de l'observation de ces météores, dont M. Quetelet fit plus tard une étude particulière. De Hum- boldt a pris peu de part aux travaux de l'Académie de Bruxelles, mais son nom était un de ceux que les compagnies savantes s enorgueillissent de voir figurer sur les listes de leurs membres : il était, du reste, par sa haute position, à même de rendre des services indirects dont les académies, autant et plus que les autres institutions humaines, ont souvent besoin (*).
VIII
Question d^astronomie mise nu concours en 1825. — Le premier mémoire sur Tastronoraie , reçu par TAcadémie. — La première communication astronomique venue de Tétranger. — Les travaux de J. Ilcrschcl et de J. Souih sur les étoiles doubles. ~ M. Gambart et les comètes qu*il a observées. — M. Nicollet. — Les recherches de P. Barlow sur les lunettes achromatiques. — Les observations du pendule h secondes. — La comète de janvier 183i. — Les résultats obtenus par M. Airy pour les éléments des tahles lunaires; sa détermination de la masse de Jupiter.
La nouvelle Académie risqua ce que l'ancienne n'avait pas osé ni voulu faire : elle mit au concours une question d'astronomie, et c'est, après l'élection de M. Van Utenhove, la première trace de cette science que l'on rencontre dans ses recueils. Le Journal des séances (*) porte, à la date du JJ mai 1823 : « L'Académie pro- pose pour 182S les deux questions suivantes : i"» question. Les
(') RI. Quetelet a donné la notice biographique d'Alexandre de Humboldt dans V annuaire de V Académie pour 1860. Né à Berlin, le 14 septembre 4760, de Hum- boldt mourut dans la même ville, le 6 mai 1859.
(*) Tome III des Nouveaux Mémoire».
RAPPORT DR M. ÉD. MAILLY. 65
causes du mouvement de notation de Taxe terrestre sont-elles parfaitement connues et rigoureusement démontrées? A-t-on des raisons d'observation ou de théorie qui puissent faire présumer un semblable mouvement dans les autres globes du système pla- nétaire? Existerait-il un moyen de renfermer (en ce cas supposé) louiez les conséquences et les lois de ces mouvements dans une même formule ou dans Texpression analytique d'une loi com- mune à tous les corps célestes dépendants du système solaire? ou enfin pourrait-on conclure de là , ainsi que des perturbations des corps planétaires, quelque chose qui ne s'accordât point avec la théorie hypothétique admise par Copernic et développée par Newton? »
L'Académie, en proposant une question d'astronomie, témoi- gnait de sa sympathie pour cette belle science; mais le choix de la question était-il heureux? N'y avait-il pas quelque chose d'étrange et de paradoxal à supposer même un doute, en 1823, sur la cause bien connue et bien prouvée de la nulation de l'axe terrestre, et à donner encore l'épithète d'hypothétique à la théo- ne admise par Copernic et développée par Newton ? Quoi qu'il en soit, il ne fut pas envoyé de réponse, et la question fut aban- donnée par décision prise en séance , le 7 mai 1 823.
Le premier mémoire sur l'astronomie que l'Académie ait reçu, fut lu par M. Quetelet, dans la séance du l^** mars 1824 : il a été inséré au tome III des Nouveaux Mémoires, et a pour titre : Mémoire sur quelques constructions graphiques des orbites planétaires.
« Le but de ce mémoire est de présenter quelques construc- tions graphiques des orbites planétaires, en supposant qu'un ou plusieurs de leurs éléments soient déjà connus, ou que tous soient encore à déterminer par l'observation. » L'auteur commence par un des cas les plus simples : il suppose que l'on connaisse la position de l'orbite, et qu'il s'agisse de construire cette orbite. Il suffira alors de deux observations pour les comètes, et de trois pour les planètes. L'auteur prend pour exemple la construction
64 CLASSE DES SCIENCES.
de Torbile de la comète qui avait été découverte par Gambarl au mois de mai 1822; puis il indique comment, dans le cas d'une planète, on construirait son ellipse. Il passe ensuite au cas où Ton ne connaîtrait que l'un des deux éléments relatifs à la posi- tion du plan de Torbite : il faudrait alors trois observations pour construire Torbite d'une comète, quatre pour construire celle d'une planète. EnGn , dans Thypothèse où aucun des éléments d'une orbite planétaire ne serait donné, il faudrait employer au moins trois observations pour une comète, et quatre pour une planète. Après avoir montré comment on procéderait dans cette dernière hypothèse, l'auteur ajoute : « On conçoit qu'une pa- reille méthode ne peut jamais comporter le même degré d'ap- proximation que l'analyse; elle a cependant cet avantage qu'elle est expéditive et qu'elle peut donner d'abord une idée bien suffi- sante de la position d'une orbite. Un peu d'habitude de la géo- métrie descriptive en fera sentir la commodité : elle n'exige d'ailleurs pas de connaissances bien étendues dans les mathéma- tiques comme les méthodes qu'enseigne l'analyse. » Après une digression dont l'objet est plutôt mathématique qu'astronomique, l'auteur fait connaître une formule qui donne le mouvement moyen d'un astre. La priorité de cette formule ayant été réclamée par M. Bouvard, M. Quetelet s'empressa d'accueillir la réclama- tion de son vénéré maître et de reconnaître hautement tout ce qu'il devait à sa bonté et à sa bienveillance (').
La première communication astronomique, venue de l'étran- ger, fut faite à l'Académie de Bruxelles par M. Moreau de Jonnès,
(^) tt M. Bouvard déclare être parvenu depuis longtemps, de son côte, à un résul- tat à peu près semblable. En accordant à ce savant la priorité de ces recherches et en renonçant à toute espèce de prétention sur la formule dont il s^agit, je saisis cette nouvelle occasion pour le remercier des conseils pleins de bonté qu'il m*a donnés à TObscrvatoire royal de Paris, en me servant de guide et d'ami dans Fart si difficile de l'observation. » Corretpondance mathématique ei physique^ tome f*'. M. Quetelet faisait connaître en même temps une erreur qu'il avait commise dans l'application de la formule à un exemple numérique , et que M. Bouvard lui avait signalée.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 65
dont la compagnie avait couronné un Mémoire sur le déboise- ment des forêts^ et qui avait été élu membre correspondant, le 21 mai i82S. Le l^^^* juin suivant, M« Moreau de Jonnès écrivait à M. Dcwez, secrétaire perpétuel (*) : «... L'Institut vient de décerner le prix de Lalande à M. Herschel fils pour ses belles observations sur les étoiles doubles et triples. On savait déjà qu'il faut abandonner, d'après les nouvelles découvertes de l'astro- nomie, les idées qui nous font concevoir que tous les corps célestes ont la forme globulaire de ceux de notre système plané- taire , et que leur lumière est semblable à celle de notre soleil. L'observation, au moyen des instruments perfectionnés, avait appris qu'il y a des astres annulés, discoïdes et multiples, et qu'il en existe fin grand nombre, dont les rayons sont bleus, rouges, verts, ou colorés des nuances de ces couleurs, d'une manière très-différente des rayons solaires; mais voici que des observa- tions récentes nous obligent à renoncer aussi à l'idée, qu'à l'ex- ception des comètes, les astres se meuvent nécessairement dans un orbe circulaire. On vient de s'assurer que plusieurs étoiles ont un mouvement elliptique, et il y a, dans la marche progres- sive de l'une d'elles, des irrégularités telles qu'au lieu d'un cercle concentrique , elle décrit une ligne sinueuse , et semblable à un zigzag. L'intérêt et la nouveauté de ces découvertes ont si forte- ment excité un Anglais, nommé Sawt (South), à poursuivre ces curieuses investigations, qu'il y a consacré sa fortune, et qu'il vient d'établir un observatoire près de Paris. Il partage, avec M. Herschel, le prix de l'Académie des sciences... »
Cette communication fut faite à l'Académie dans sa séance du 25 juin i82S : six ans et demi après, le 7 janvier i832, M. Que- tdet entretenait l'Académie, au nom de M. J. Herschel, de diffé- rents résultats intéressants, auxquels ce célèbre astronome avait été conduit dans ses recherches sur les étoiles doubles. c( Ainsi l'étoile y de la Vieqge, » disait M. Quetelet, « décrit une petite
(*) Journal des $éaneet, tome III des Nouveaux Mémoires.
66 CLASSE DES SCIENCES.
courbe fermée dans la période de 5i3 ans, et une série d'obser- vations qui commenceraient avec Bradley en i7i9 et qui se pro- longeraient jusqu'en 183i^ serait parfaitement représentée par une ellipse d'une grande excentricité; Castor, a de la Couronne, I de l'Ourse et 70 d'Ophiuchus, décrivent toutes des ellipses; Ç du Cancer décrit une orbite qui j^araiY circulaire, dans l'espace d'en- viron SS ans, et >; de la Couronne achève une révolution dans la période remarquablement courte de 42 à 43 ans! Il pourra peut- être se présenter des périodes plus courtes encore , c'est ce qui porte M. Herschel à déterminer les petites étoiles avec le plus de précision possible. Son grand télescope réflecteur, dont il a repoli le miroir depuis peu , lui a été d'un grand secours dans ces recherches (*). » •
Le 7 décembre 4833 ('), M. Quetelet donnait lecture d'une lettre de sir John Herschel, en date du 12 novembre, d'après laquelle « ce célèbre astronome avait dû s'embarquer le 43 à Portsmouth , pour se rendre au cap de Bonne-Espérance , où il comptait séjourner plusieurs années pour compléter ses recher- ches astronomiques, et particulièrement celles qui ont rapport aux étoiles doubles et multiples. »
L'un des correspondants les plus actifs de l'Académie fut cer- tainement M. Gambart, l'astronome de Marseille. Il s^oecupait spécialement de la recherche des comètes, et tels étaient son zèle et son bonheur que, de 4822 à 4834, il découvrit treize de ces astres : deux en 4822, deux en 4824, quatre en 4826, et une dans chacune des années 4825, 4827, 4830, 4832 (') et 4834. Nous ne pouvons donner ici toutes les communications qu'il flt à l'Aca- démie : elles eurent toujours pour objet les nouvelles comètes qu'il venait de trouver ou dont il s'était occupé. On sait que
(') Journal des séances, tome VU des Nouveaux Mémoires.
(■) Bulletins, n« 17.
(») La comète découverte le 19 juillet 1832 fut calculé? par M. Eugène Bouvard, neveu du célèbre astronome, qui en communiqua les cléments à M. Quetelet. Bul- letins, n» 9.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 67
M. Arago a vivement insisté pour que le nom de Gambart fût attaché à la comète de 6 f ans : cette comète avait été décou- verte le 27 février 1826 par M. Biela; le 9 mars, Gambart la vit à Marseille , et, dès le 22 , il écrivait : a Le rapport qui existe entre l'orbite à laquelle [mes] premières observations m'ont con- duit et celles des comètes de i 772 et surtout de 1805, me parait mériter l'attention des astronomes. Je considère comme à peu près certain que la comète de 1772 était la même. La révolution de 1826 — 1805 = 20 (?) ne satisfait point; celle de dix ans n'irait point encore; mais avec trois révolutions de 1805 à 1826, vous satisfaites à Finlervalle de 1772 à 1805. Ce qu'il y a de bien remiurquable encore, c'est que M. Gauss, en 1805, trouvait une ellipse de Si ans, et il prétendait que cette ellipse satisfaisait mieux qu'aucune parabole. L'ellipse que je demande, est de 6,74 ans; voilà ce qui doit servir de base à mes recherches. » Les lettres dont ce qui précède est extrait, avaient été communiquées par M. Bouvard à M. Quetelet, et celui-ci en fit part à l'Académie dans sa séance du 29 avril 1 826 (*).
Le 28 octobre 1826, M. Gambart avait aperçu à Marseille la comète qui, dès le 22, avait été découverte à Florence par M. Pons, et que M. Bouvard avait vue à Paris, le 24. Le 6 no- vembre, il écrivait à M. Quetelet en lui envoyant les éléments de Torbite du nouvel astre : « Une conséquence remarquable de celte orbite, c'est que le 18 novembre, jour même du passage au périhélie, la comète se projettera sur le disque du soleil (*); » et dans une lettre postérieure, communiquée à l'Académie le 23 décembre, il disait : c< ... Le passage sur le soleil a donc eu Heu à trô^-peu près comme je l'avais indiqué... Espérons que la science retirera de l'ensemble des observations qui auront été faites, toutes les lumières qu'elle doit attendre de cette conjonc-
•
(*) Elles ont été imprimées dans le tome 11 de la Correspondance mathématique fi phf tique,
(*) Cette lettre fat communiquée à PAcadémie le 25 novembre. Voir le Journal àt$ téancet, tome IV des Mémoirbs.
68 CLASSE DES SCIENCES.
tion nouvelle^ l'un des phénomènes les plus importants qui puis- sent nous être offerts. L'observation du passage d'une comèlc manquait à l'astronomie physique. »
Gambart mourut très-jeune de la phthisie pulmonaire : vers la fin de sa vie, il avait témoigné le désir d'être attaché à l'Obser- vatoire de Bruxelles, et il faisait à ce sujet les propositions les plus modestes. Mais il succomba presque immédiatement après, à peine âgé de 36 ans (*); M. Quetelet a reproduit, avec un sup- plément, dans V Annuaire de l'Académie pour 1837, la notia* que M. Arago avait consacrée à l'astronome de Marseille.
Parmi les comètes que Gambart avait découvertes , il en est une à laquelle se rattache une particularité digne d'être men- tionnée : cette comète, visible à l'œil nu, fut aperçue à Marseille le 21 avril 1830, dans la matinée, et vingt-quatre heures après. M. NicoUet la signalait à Paris. On apprit ensuite que , dès le 27 mars, elle avait été vue dans l'hémisphère austral.
M. Nicollet avait été élu correspondant de l'Académie de Bruxelles , le 23 décembre 1 826 , le même jour que Gambart : il remplissait à cette époque les fonctions d'observateur à l'Obser- vatoire de Paris et de membre adjoint du Bureau des Longitudes. 11 ne parait pas avoir fait de communication astronomique à l'Académie; dans la séance du 7 octobre 1826, M. Quetelet avait présenté, de sa part, le mémoire sur la mesure d'un arc du parallèle moyen entre le pôle et l'équaleur, qu'il avait com- posé en commun avec le colonel Brousseaud (').
(') Gambart était né à Cette, en 4800; il mourut à Paris, le 23 juillet 1836. Je Tavais rencontré chez M. Bouvard , à la fin du mois de janvier de cette dernière année, lors de ma première visite à TObservatoire de Paris. Quoique je ne Taie vu que cette seule fois, je me rappelle encore sa longue taille, sa figure osseuse et la toux qui le tourmentait; je doute qu'il eût la conscience de son état, car je me sou- viens aussi qu'en sortant de TObscrvatoire, nous allâmes à pied chez M. Gambcy, le célèbre constructeur d'instruments, qui demeurait au faubourg du Temple!
(*) Journal des séances, tome IV des Nouveaux Mémoires. J.-N. NicoUet, né n Slusc, en Savoie, en 4786, est mort à Washington, aux États-Unis, le ii septembre 1843. Il avait été obligé de quitter l'Europe, vers la fin de 4854, pour échapper a
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 69
M. Barlow, professeur à l'école militaire de Woolwich, qui mourut en 1 862 , à l'âge de 86 ans (*) , s'était beaucoup occupé de la construction de lunettes achromatiques à lentilles fluides. Les plus anciennes communications à ce sujet, qui furent faites à l'Académie^ remontent au l®*^ mars 1828 (*). Le 7 juillet 4832 ('), M. Quetelet lisait une lettre du savant anglais, qui était parvenu à construire une lunette de 8 pouces d'ouverture sur 8 pieds 8 pouces de distance focale, en faisant usage de ses lentilles fluides, a M. Barlow s'attache particulièrement,» disait M. Quetelet, « à réduire la distance focale, au moyen d'un objectif composé de deux lentilles piano-convexes. » Le 7 juin i834 (*), M. Quetelet communiquait une autre lettre de M. Bar- low dont les (c derniers efforts avaient eu surtout pour objet la recherche d'une lentille propre à amplifier l'image d'une planète , sans changer l'oculaire. »
Dans la séance du le** mars 1828 ("), M. Quetelet donna com- munication d'une notice sur les expériences pour déterminer la différence de longueur du pendule à secondes à Londres et à Paris. « Il résultait des expériences qui avaient été faites par le capitaine Sabine, et auxquelles M. Quetelet avait pris part, que I on peut évaluer à douze secondes l'accélération que prend le mou- vement du pendule , en passant de Paris à Londres , valeur qui s'éloigne peu de celles qu'ont obtenues MM. Biot, Kater et Borda. »> Le 4 octobre (*), l'Académie était informée que M. Sabine, en faisant des expériences avec le pendule invariable, avait trouvé
ses créanciers. On lui attribue la fameuse lettre soi-disant d'Herschel, sur les ani- maux vus dans la lune, qui fit une si grande sensation. Voir sa notice biographique, donnée par M. Quetelet, dans V Annuaire de l'Académie pour 4844.
(*) n était né le 43 octobre 4776.
(*) Lettres de MM. Barlow et South, adressées à M. Quetelet. Journal di^s séances, tome V des Nouveaux Mémoires.
(') Bulletins, n« 6.
(«) BuUetins, n« 33.
(') Journal des séances, tome V des Nouveaux Mémoires.
(*) Ibidem,
70 CLASSE DES SCIENCES.
plus de neuf vibrations de plus pendant un jour solaire dans le vide que dans l'atmosphère, au lieu de six que donnait la for- mule.
C'est à propos d'une comète qui parut au conunencemenl de 1831, et qui restai visible du 7 janvier au 8 mars, que l'on voit figurer pour la première fois les noms de MM. Schumacher, Wartmann (de Genève) et Valz (de Nîmes) dans le Journal des séances de l'Académie (*). Leurs lettres avaient pour objet les élé- ments calculés de la comète. Le nom de M. Airy s'y rencontre dès l'année 1828 ('), dans une lettre du capitaine Sabine, relative aux résultats obtenus par le futur astronome royal d'Angleterre pour les éléments des tables lunaires. Le 9 novembre 1833 O, l'Académie apprenait par une lettre adressée à M. Quetelet » que les dernières observations de M. Airy s'accordaient à montrer que la masse de Jupiter telle qu'elle était adoptée par les astro^ nomes français devait être réduite. »
IX
La résolution prise en janvier 1832 de publier un Bulleiin. — La comète (l'Encke. — Les observations des taches du soleil. — Le passage de Mercure, du 5 mai 4832. — Les étoiles filantes de la nuit du 12 au 15 novembre 1832. — L'élection de M. Quetelet comme secrétaire perpétuel, en 1854. — La marche de la comète de Hallcy qui devait reparaître en 1855. ~ Arrivée des principaux instruments de l'Observatoire de Bruxelles.
L'année 1832 mérite à plusieurs titres une mention particu- lière. Le 7 janvier, l'Académie adopte la proposition de M. Que- telet de publier un Bulletin. — Le 3 mars, M. Quetelet commu- nique à l'Académie quelques remarques sur le prochain retour de la comète d'Encke , et met en même temps sous les yeux de
(^) Séances da 2 avril et du 7 mai 1851 ; tomes VI et VII des Nou^'eaux MéuoiREs. (■) Séance du 1" mars 1828; tome V des Nouveaux Mémoires. (») Btdlclitis, nM6.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 71
l'assemblée une carte céleste, lithographiée par M. Jobard, et indiquant la marche de l'astre pour l'époque où il pourra être visible dans nos climats. — Le 7 avril , M. Quetelet met sous les yeux de FAcadémie une carte représentant les positions suc- cessives de différentes taches qu'il a observées sur le disque du soleil, et dont il continue à suivre la marche. — Le 2 juin, il lit une lettre de M. Bouvard, relative au Passage de Mercure sur le soleil j qui a eu lieu le 5 mai. A Paris, l'état du ciel n'a permis d'observer que l'entrée de Mercure sur le soleil. M. Arago s'est occupé de mesurer le diamètre de la planète. M. Gambart a pu observer à Marseille le commencement et la fin du phénomène; il a de plus observé Mercure et le soleil à leur passage au méri- dien. M. Quetelet communique aussi les observations qu'il a faites à Bruxelles, malgré l'état nébuleux du ciel et la médiocrité des instruments qui seuls ont pu être placés jusqu'à présent à l'Obser- vatoire, par suite de l'abandon des travaux; il a pu observer la sortie, le passage des deux astres au méridien, et le contact inté- rieur de rentrée : des nuages n'ont pas permis de voir le contact extérieur (*). — Le l®»* décembre, M. Quetelet entretient l'Aca- démie A'nn phénomène météorologique^ qui a été vu à Bruxelles dans la nuit du 42 au 13 novembre, et particulièrement dans celle du 13 au 14. Ce phénomène, qui s'est déclaré avec le plus d'in- tensité vers une à deux heures du matin, et qui s'est prolongé jusque vers la fin de la nuit , se composait d'une quantité d'étoiles filantes, qui répandaient une lumière très-vive : on a remarqué qu'une partie du ciel s'étant couverte d'un nuage épais, ces météores ont encore été visibles au-dessous du nuage. Le même phénomène a été observé dans les environs de Tongres par M. l'ingénieur en chef de Behr, et à Long-Wély, près de Bastogne, par M. Benoit, régisseur de la Société de Long-Wély; les princî-
(') L'observation dn Passage de Mercure est la première qui ait été faite à l'Ob- scnratoire de Bruxelles; les résultats ont été publiés dans le tome !«>' des Antiakx de cet établissement.
72 CLASSE DES SCIENCES.
pales circonstances sont rapportées dans deux lettres, dont l'Aca- démie reçoit communication.
La création du Bulletin devait exercer une influence considé- rable sur les travaux de l'Académie et sur leur développement -. il ne tarda pas à devenir le principal véhicule des recherches effectuées par les membres de la compagnie ou qui rayonnaient vers elle ; en les faisant connaître à l'étranger, il devint un puis- sant stimulant.
Les observations des taches du soleil étaient les premières de ce genre qui eussent été faites en Belgique , au moins depuis la fondation de l'Académie. Les passages de Mercure sur le soleil^ du 4 mai 1786 et du 5 mai i832 étaient les seuls qu'on eût observés dans notre pays (').
L'averse d'étoiles filantes du 12-13 novembre rappelait la grande averse du 11-12 novembre 1799, dont Alex, de Hum- boldt avait été le témoin avec Bonpland sur les côtes du Mexique: elle allait fixer l'attention sur une époque qui est devenue célèbre (*).
La fin de l'année 1834 nous offre trois faits dignes d'être men- tionnés. Le 22 novembre, M. Quetelet est élu SscRéTAiRE PERPÉTUEL à l'unanimité moins une voix. — Le 6 décembre, il présente une carte céleste indiquant la marche de la comète de Halley qui doit reparaître en 1835. — Il annonce en même temps l'arrivée de plusieurs des principaux instruments de l'Ob- servatoire : les instruments ne sont pas encore en place, la régence^ de la ville n'ayant pas fait mettre l'Observatoire en état de les recevoir.
(*) Le passage de 1786 avait été observé, comme nous Tavons vu, par M. Pigott, à Louvaîn. L'état du ciel avait empêché Tobservation, à Bruxelles, du passage de 1782, à laquelle Tabbé Chevalier s'était préparé.
(') L'année suivante , dans la nuit du 1 S au 43 novembre 1833, on aperçut, aux États-Unis, une quantité d'étoiles filantes telle qu'elle répandit l'effroi parmi le peuple.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 73
X
CONCLUSION.
Quand, en se tenant dans le domaine de la science astrono- mique, on compare les travaux de Tancienne Académie avec ceux de la nouvelle depuis 1816 jusqu'en 1834, l'avantage n'est pas du côté de cette dernière. Les huit volumes de Mémoires publiés pendant la période qui vient de nous occuper, ne ren* ferment qu'un seul mémoire astronomique, celui de M. Quetelet Sur quelques constructions graphiques des orbites planétaires. On dirait une période de préparation; tout est à créer, les hommes et les choses. La Belgique a dormi d'un sommeil léthargique de vingt-cinq ans; il faut la secouer avec force pour qu'elle se réveille. La fondation des universités, l'institution de cours publics au musée de Bruxelles, les publications des traités élé- mentaires d'astronomie et de la Correspondance mathématique et physique de M. Quetelet, la fondation d'un observatoire, l'érec- tion de récole militaire, les relations établies avec l'étranger finiront par vaincre notre paresse et notre indifférence, et l'his- toire de l'Académie, à partir de 1833, marquera un progrès considérable.
74 CLASSE DES SCIENCES.
TROISIEME PÉRIODE
(183S-1853).
XI
Les pertes et les ae^uisitions faites de 1855 à 1853. — La réorganisation de rAcadéraie en 1845. — L'Académie des sctenceSy des lettres et des beaux- arts de Belgique. — L'institution de correspondants regnicoles.
Au moment où s'ouvre la période qui va nous occuper, l'Aca- démie n'a perdu aucun des savants qu'elle s'est associés dans le pays ou à l'étranger depuis 1816 : nous parlons de ceux dont les travaux se rapportaient plus ou moins à l'astronomie. Avant que la période de 1835-1853 ne soit close, la mort lui aura enlevé : Gambart (23 juillet 1836), Van Utcnhove (le»* septembre 1836), Moll (1 7 janvier 1 838) , Bouvard (7 juin 1 843), Nicollet (1 1 sep- tembre 1843), Bory de Saint- Vincent (22 décembre 1846), Dan- delin (17 février 1847), Schumacher (28 décembre 1850), Arago (20 octobre 1853). A la fin de 1853, l'Académie aura recruté quatre nouveaux membres ordinaires, deux correspon- dants regnicoles et quatre associés étrangers. Les membres ordi- naires sont MM. Grahay, Nerenburger, Schâar et Liagre; les correspondants, MM. Duprez et Meter; les associés sont rillustre Gauss, Alexandre Dallas Bâche, Lamarle et M. Airy, astronome royal d'Angleterre. Un arrêté royal du 1«"" décembre 1845 a réorganisé V Académie royale des sciences et belles- lettres de Bruxelles, qui est devenue rAcABÉMiE royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique : la sépa-
RAPPOBT DE M. ÉD. MAILLY. 75
ration des classes a été décrétée. L'Académie avait décidé, dans sa séance du 7 mai 4837, que sur les 48 places de membres ordi- naires, il y en aurait 30 pour les sciences et 18 pour les lettres : les 30 places attribuées aux sciences ont été maintenues et les statuts organiques portent que la classe comprend en outre cinquante associés étrangers et dix correspondants regnicoles au plus (*).
XII
La comète de 6 | ans. — La comète de Halley. — Dëterniinniion gcomé- irique des orbites comëtaires. — La comète de mars 1845. — La comète découverte le 28 décembre 1844 par M. d'Ârrest à Berlin; ses élé- ments elliptiques calculés par M. Houzeau, au moyen d'une méthode de son invention. — Les éléments de la comète découverte à Rome le 25 février 1845 par le P. de Vico, calculés par M. Houzeau. — La comète du 2 juin 1845, calculée par MM. Houzeau et Mailly sur les observations faites aux instruments méridiens de l'Observatoire de Bruxelles.
La comète de 6 f ans , que M. Arago a toujours persisté à nommer comète de Gambart, devait revenir en 1839 : M. San- tini^ de Padoue^ avait calculé une Épbéméride^ comprenant 3S positions de la comète avec sa distance à la terre et au soleil, de quatre en quatre jours, du 20 mars au 3 octobre. Le 17 jan- vier 4835, l'Académie recevait communication de cette Éphé- méride par les soins de M. Wartmann, et elle imprimait dans son Bulletin les Eléments elliptiques (encore inédits) de la comète, pour chacun des retours de 1826, 1832 et 1839, que
(') MM. Nercnburger, Schaar et Liagre avaient commencé par être correspon- danis; ils avaient été reçus à TAcadémie rcspeclivement le 17 décembre 4847, le 15 décembre 1849 et le 15 décembre 1850. Leur élection comme membres ordi- naires eut lieu respectivement les 15 décembre 1849, 1851 et 1853. M. Crabay avait été élu membre ordinaire le 8 mai 1835.
MM. Meyer et Duprcz avaient été nommés correspondants le 16 décembre 1846. MM. Gauss, Bâche, ff^marlc et Airy furent nommés associés respectivement le 14 décembre 1841, le 9 mai 1843, le 17 décembre 1847 et le 15 décembre 1853.
76 CLASSE DES SCIENCES.
M. Santini. avait trouvés en ayant égard aux |>erturbations plané- taires, sans tenir compte de la résistance de l'éther (*).
La comète de Halley, dont M. Quetelet avait entretenu l'Aca- démie dans sa séance du 6 décembre 1834, fut aperçue à Rome le S août 1835. A Bruxelles, M. Quetelet commença à la voir vers le commencement de septembre, mais il ne put suivre sa marche qu'au moyen de lunettes et de télescopes, réquatorlal de Troughton n'ayant pas encore été mis en place. Dans la nuit du 29 au 30, elle devint visible à Fœil nu : elle se présentait alors avec l'éclat d'une étoile de ^^^ grandeur ; la nébulosité a continué d'acquérir de plus en plus d'éclat et d'étendue^ la partie la plus lumineuse, que l'on peut considérer comme le noyau, était à peu près au centre, à la date du 10 octobre, et il a été assez difficile de distinguer la queue. Dans la soirée du 10, elle se trouvait un peu plus haut que « de la grande Ourse et était presque aussi apparente, à l'œil nu, que cette étoile. Elle a pu être observée aux instruments méridiens, à son passage inférieur. Dans la soirée du 14, l'astre se trouvait un peu au-dessus de la Couronne, et sa queue, dirigée vers la tête du Dragon, et dont le développe- ment avait été très-rapide dans l'espace de quelques jours, occu- pait un espace de plus de cinq degrés (*).
Le 5 décembre, M. Quetelet met sous les yeux de l'Académie deux nouvelles Éphémérides de la comète de Halley, calculées : la première pour le mois de novembre par M. Stratford, direc- teur du Nautical ÀlmanaCj la deuxième pour la fin de no- vembre, le mois de décembre et le commencement de janvier, par M. Rosenberger, directeur de l'Observatoire de Halle.
Le 15 décembre, il communique une lettre de M. Wartmann .
(^) On sait que la comète ne fut pas aperçue lors de son retour en 1839.
(*) Le Bulletin de la séance du 40 octobre, dans laquelle cette communication fut faite, et auquel M. Quetelet mit un post-êcriptum, donne quelques détails intéres- sants, fournis par M. Wartmann, sur la « physionomie singulièrement variée • que la comète de Halley montra aux différents astronomes qui Tobservèrent lors de son précédent retour, en 1759.
RAPPORT DE M. ÉD. IMAILLY. 77
« C'est probablement vers le milieu de ce mois , » écrit l'astro- nome de Genève, « qu'on reverra la comète de Halley, le matin, avant le jour; mais, d'après les prévisions du docteur Olbers, on ne doit pas s'attendre à la retrouver bien brillante... A l'époque où elle a été le plus près de la terre, c'est-à-dire à sept millions de lieues environ, le 9 et le 10 octobre, nous avions remarqué ici un abaissement extraordinaire du baromètre, qui a persisté pen- dant deux jours et qu'on a observé aussi , à ce que j'ai appris depuis, à de grandes distances. » Cet abaissement avait été si remarquable en Belgique que IMM. Crahay et Quetelet en avaient fait la remarque à la séance du iO octobre. « Je ne pense pas toutefois, » ajoute M. Wartmann, « que cette singulière coïnci- dence se rallache à aucune cause que l'on doive ostensiblement attribuer à la comète. »
Enfin , dans une lettre lue à la séance du 6 féwier i836, M. Wartmann annonce que depuis son passage au périhélie (le 16 novembre), la comète a été revue trois fois à Genève, le le*", le 15 et le 21 janvier. Le l^r janvier, elle était Irès-pâle, sem- blable à une nébuleuse informe et invisible dans les chercheurs. Le IS, elle était si faible de lumière qu'on avait de la peine à la distinguer, même dans la lunette de l'équalorial : la nébulosité avait alors 3' de diamètre. Le 21 , elle était plus apparente que le IS : la nébulosité avait environ 4'. Les positions obtenues le l*' et le 18, à l'Observatoire de Genève , au moyen de l'équato-
w
rial, s'accordent d'une manière satisfaisante avec l'Ephéméride de Rosenberger. a La comète, » ajoute M. Wartmann, « tout en s'éloignant du soleil, se rapproche maintenant de nous par le fait du mouvement de la terre elle-même^ ce rapprochement, qui tend à augmenter encore, permettra sans doute aux astronomes, sur- tout à ceux de Paramatta et du cap de Bonne-Espérance, de suivre cet astre tout le mois prochain (février), et peut-être même, jusqu'à la fln de mars. » On apprit en effet pins fard que la comète de Halley avait été observée au cap de Bonne- Espérance, depuis le 28 octobre jusqu'au S mai, époque bien postérieure à celle que Wartmann prévoyait.
78 CLASSE DES SCIENCES.
Après la comète de Halley, la plus célèbre et la plus inté- ressante des comètes périodiques est certainement la comète d'Encke. On attendait son retour en 1838; elle devail^ selon les prévisions d'Ëncke, devenir visible dans les grandes lunettes vers le milieu ou la fin d'août. Dès le 20, le directeur de l'Obser- vatoire de Breslau, von Boguslawski, écrivait à M. Quelelet : « . . J'ai le plaisir [de vous annoncer] que j'ai trouvé enfin Ja comète d'Eneke^ le 14 août, et de vous communiquer les deux observations du 14 et celle de la nuit passée (49) qui en e4>n- firme la réalité et me permet de publier cette découverte. I.a fai- blesse de son apparition exigea cette précaution... Peut-être le ciel vous a mieux favorisé et vous a permis de voir la comète plus tôt que nous... »
En mettant la lettre de M. von Boguslawski sous les yeux de l'Académie, dans la séance du 6 octobre, M. Quetelet annonçait, d'après une autre lettre de M. John Lee, que sir James South avait vu la comète le 31 septembre, à 11 | h. du soir. Le il , elle avait été aperçue à Rome.
La comète n'avait été vue à Berlin (par le docteur Galle) que le 16 septembre; et M. Encke ne put s'empêcher d'exprimer quelque doute sur l'observation de l'astronome de Breslau : « ... Je ne m'explique pas, » dit-il {Astronomische Ndchrichteriy no 561 du 18 octobre) , a comment on a pu voir la comète par un clair de lune, avec des instruments tout à fait ordinaires, et je présume qu'il y aura eu confusion de nébuleuses... »
II serait trop long de mentionner ici toutes les comètes dont la découverte fut signalée à l'Académie : nous devons nous borner à celles qui, par leur éclat ou par quelque autre circon- stance, ont eu le privilège de fixer l'attention.
Mais auparavant nous dirons quelques mots d'un mémoire Sur la détermination géométrique des orbites cométaires, pré- senté par M. le colonel Dandelin à la séance du 7 mars 1840(').
(^) Ce travail a été imprimé dans le tome XHl des Nouveaux Mémoires.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 79
L'auteur annonce qu'il n'a eu en vue que d'arriver rapidement aux premiers éléments approchés, et qu'il n'a considéré le pro- blème que réduit à ses conditions vraiment théoriques, et dégagé de perturbations de toute espèce. « Le problème de la détermi- nation des orbites planétaires et comélaires, » dit- il, « avait pour moi un intérêt d'autant plus réel que j'y rattachais natu- rellement des rapports d'aflection avec un de nos savants col- lègues (M. Quetelet), qu'il m'est fort inutile de nommer, et qui m'avait le premier proposé de m'occuper de ce sujet. »
M. Dandelin s'occupe d'abord de la détermination de toutes les parties de l'orbite d'une comète ou d'une planète, quand on con- naît la situation du plan de cette orbite, et qu'on a trois bonnes observations assez distantes l'une de l'autre. Il s'appuie à cet effet sur une propriété des coniques, qu'il a démontrée depuis long- temps, et passe ensuite à la détermination, par cinq observa- tions, du plan dans lequel se meut la comète ou la planète ; il fait l'application de sa méthode aux étoiles doubles.
Dans le mois de mars 1843 , on vit apparaître subitement une comète remarquable par l'éclat de la tête , et surtout par la lon- gueur de la queue. Le i 7, la queue fut aperçue à Bruxelles , à Paris, dans le nord de l'Allemagne et en Angleterre; elle avait 39 à 40 degrés de longueur. La tête ne fut pas observée avant le 18. Cette comète excita au plus haut degré la curiosité publique ; elle fit l'objet de plusieurs communications de M. Quetelet, insé- rées dans les Bulletins des !«>* avril , 8 et 9 mai , 3 juin, S août el 2 décembre : nous allons les résumer rapidement.
En Belgique, en Angleterre et en France, « en même temps que la queue de la comète , on vit la lumière zodiacale développée dans tout son éclat. Au premier abord , cette simultanéité donna Heu à plusieurs méprises, occasionnées en partie par l'impossibi- lité de voir le noyau de la comète et par la convergence des deux traînées lumineuses. » D'après les premiers calculs de M. Galle , de Berlin , la comète avait passé à sa plus courte distance du soleil le 27 février : ce résultat, contredit d'abord par d'autres
80
CLASSE DES SCIENCES.
astronomes , fut confirmé plus tard par M. Valz , directeur de rObservatoire de Marseille. M. Valz trouvait pour la distance périhélie la fraction 0,00S2, en sorte que la comète était celle qui avait le plus approché du soleil; il croyait à l'identité de Fas- Ire avec ceux de 1668 et de 1702, mais il se trompait, en ce qui regarde la comèle de 1702, et il y a, dit Ârago (*), bien des doutes sur l'identité réelle des deux astres de 1668 et de 1843. Le 23 juin, M. Herrick, de New-Haven (États-Unis), écrivait à M. Quelelet : « ... Le 28 février dernier, depuis le Gonnecticut jusqu'au Naine, on vit près du soleil, immédiatement après son lever, un globe brillant avec une courte queue, ressemblant beaucoup à une comèle. Dans quelques-unes des premières notices publiées par les journaux , on qualifiait très-bien cette apparition de comète en plein midi. A Waterbury (à environ 20 milles au N.-O. de New-Haven), une grande partie de la population sortit pour contempler cet étonnant phénomène, qui resta visible jusqu'à trois heures après midi environ, heure à laquelle le ciel était devenu trop obscur... Après cela nous n'en- tendîmes plus parler de la comète jusqu'aux 2 , 3 et 4 mars, jours pendant lesquels on vit la queue lumineuse au couchant... » Le 6 mars , un peu avant 7 heures du soir, à New-Haven , ce une traînée longue et brillante s'étendait à l'horizon S.-O., sous un angle d'environ 29°...; le noyau était sous l'horizon. » Dans la soirée du 7 , la comète s'était élevée et présentait une queue d'une grande beauté, d'environ 45° de longueur. Le noyau fut aperçu le 9 à Cambridge (Massachusetts), et le 11 généralement dans tout le pays. La dernière observation fut faite à Philadelphie, le 10 ayril; la queue avait été vue pour la dernière fois, à New- Haven , le 3; mais sans le clair de lune, on l'aurait probablement aperçue quelques jours de plus. MM. Walker et Kendall, de Philadelphie, regardaient celte comète comme identique avec celles du mois de décembre 1689 et du mois de mars 1668,
(*) Astronomie pojMlaire y tome 11.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 81
ayant une période de 2i | ans. En Europe, M. Clausen s'était cru autorisé également à considérer la comète de 1689 comme une apparition de la comète de 1843, mais on a reconnu que l'assi- milation entre les deux astres ne pouvait être admise (*).
Enfin, le S décembre 1845, M. Quetelet communiquait à l'Académie les observations de la comète, faites du 8 au 26 mars, à rObservatoire de Trevandrum sur la côte de Malabar, et les éléments approximatifs que l'astronome, M. Galdecott, en avait tirés.
Dans la séance du 11 janvier 184S, l'Académie était informée
de la découverte d'une comète, faite à Berlin par M. d'Arrest,
dans la soirée du 28 décembre. La circulaire de M. Schumacher,
annonçant cette découverte, donnait deux positions du nouvel
astre, prises les 28 décembre et 3 janvier, la 1"^ à Berlin, la 2™»
à Altona et à Hambourg. Dès le 22, M. Houzeau remettait à
M. Quetelet les éléments elliptiques de la comète, calculés sur
ces observations et sur une 3™« du 11 janvier. M. Houzeau
s'était servi , pour ses calculs , d'une Méthode pour déterminer
les éléments des orbites des comètes^ y compris l'excentricité ^
d'après trois observations géocentriques voisines entre elles j
déposée par lui à la séance même du 1 1 janvier où la découverte
de d'Arrest avait été annoncée. Les éléments de M. Houzeau
assignaient à la nouvelle comète une période de plusieurs siècles
(763 ans). «On comprendra facilement, » disait-il dans une
note lue à l'Académie, le i^^ février, « qu'il est impossible de
répondre de la durée d'une révolution aussi longue , lorsqu'on la
conclut d'un arc décrit en quatorze jours. Mais on peut afBrmer,
dès à présent, que cette comète ne peut être celle de 1793, ni
celle de 1779 , dont ses éléments paraboliques la rapprochaient. »
Après avoir donné les éléments, il ajoutait : « Les éléments de
la parabole paraissent suffire pour représenter provisoirement
les observations. Je les ai employés à calculer l'Éphéméride
{*) Àtinmomie populaire d'Arago, tome IL
6
82 CLASSE DES SCIENCES.
suivante qui pourra servir à la recherche de la comète... » Celle Ephéméride s'étendait du 3i janvier au 1 6 avril ; elle était pré- cédée de l'indication de la marche que la comète devait sui\Tc à travers les constellations. M. Houzeau estimait que vers le milieu de février, l'éclat de l'astre serait environ dix-sept fois plus considérable qu'au moment de sa découverte.
Le 25 février 184S, le P. de Vico, directeur de l'Observatoire du collège romain, découvrait une comète dans la constellation de la grande Ourse : il en prenait une position le 26, et, dans la nuit du iO au 11 mars, M. Rumker, à Hambourg, déterminait deux autres positions du nouvel astre , à trois heures et demie d'intervalle environ. Le jour même de l'arrivée à Bruxelles de la lettre circulaire de M. Schumacher, M. Houzeau calculait les éléments approchés de la comète : « Ces éléments, » dit-il dans une note lue à l'Académie le S avril, « comparés à ceux de M. Faye, tirés des observations de Paris, n'ont pas offert de trop grandes discordances , si l'on a égard à la manière dont ils ont été obtenus. Le rapport des intervalles de temps était celui de 84 à 1 ; et le grand cercle joignant les deux positions extrêmes ne passait qu'à 51 secondes d'arc de la position intermédiaire. Dans ces éléments, la date du passage au périhélie était en erreur de dix jours; mais elle tombe quarante-huit jours après l'époque moyenne des observations que j'ai employées. L'élément le moins bien déterminé était l'inclinaison , que j'avais obtenue sensible- ment trop petite; c'était en effet le plus difficile à calculer, par suite de la situation de la terre très-près du plan de l'orbite for- tement inclinée de la comète... »
Le Bulletin de la séance du 5 juillet 1845 renferme la com- munication suivante de M. Quetelet : « Une comète ,. visible à l'œil nu, a été découverte à Parme, le 2 juin, à 2 |^ heures du matin par M. Colla; elle présentait un noyau très-brillant, et avait une queue longue de plus de 1°. Cette comète a été aperçue Je 3 à Paris , le 7 à Berlin , et le 8 à Londres et à Bruxelles. A Paris, elle a été observée le 5, le 7 et le 8 juin : les deux dernières
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 85
observations ont été faîtes avec les instruments méridiens^ lors- que la comète était à son passage inférieur. A Bruxelles, trois positions ont été prises les iO, 11 et i2 avec les instruments méridiens (les observations ont été faites par MM. Quetelet, Houzeau^ Bouvy et Liagre)... Au moyen de ces trois posilions, MM. Houzeau et Mailly ont calculé les éléments paraboliques de la comète, le premier, d'après une méthode qui lui est propre; le second par la méthode de Laplace. » M. Quetelet met ensuite les résultats obtenus en regard des nombres calculés à Paris, d'un côté par M. Faye, et de l'autre par MM. Eug. Bouvard et Goujon.
Notons ici que cette comète du 2 juin 1845 était la première qui eût été calculée en Belgique sur des observations faites dans le pays même.
XIII
La découverte de la planète Astrée. — La planète Le Verrier ou Neptune.
— La méthode de M. Hansen pour calculer les perturbations des planètes.
— Division dans l'anneau extérieur de Saturne, vue par M. Encke. — Expression du rayon vecteur d'une planète, par M. Meyer. — Le point lumineux aperçu le 5 février 4821 par Olbers dans la partie obscure de la lune. — Les tables lunaires de M. Carlini. — Les satellites de Jupiter.
— Les satellites de Saturne. — Les satellites d'Uranus. — Le nouveau mi- cromètre de M. Lamont. — Les rapports entre les durées des révolutions des satellites de Jupiter; les rapports entre les durées des révolutions des satellites de Saturne; les nouveaux rapports trouvés par M. le baron Behr.
Les années 1845 et 1846 tiendront une grande place dans rhistoire de l'astronomie, Tune par la découverte d'une planète nouvelle de la famille des astéroïdes, l'autre par la découverte à jamais mémorable de la planète Neptune.
La découverte A' Astrée fut annoncée à l'Académie dans la séance du 10 janvier 1846 : les nombreux astéroïdes dont cet astre était le précurseur furent successivement signalés à son attention, mais nous croyons superflu de nous y arrêter. Qu'il nous
84 CLASSE DES SCIENCES.
suffise de dire que, le 9 octobre 4847, M. Quetclet mettait sous les yeux de ses confrères le tableau renfermant les éléments des douze petits corps célestes, connus à ce moment, dont les orbites se trouvaient comprises entre Mars et Jupiter [comète d'Eneke, Vesta, Hébé, Astrée, Junon, Cérès, Pallas, Iris, comètes (pério- diques) de Brorsen, de Vico, de Biela et de Faye], « tableau qui tend, » disait-il , « à montrer que ces différents astres pourraient appartenir à la même famille , et avoir la même origine. »
La planète dont M. Le Verrier avait signalé la position, fut aperçue par M. Galle, à Berlin, le 23 septembre i846. Le 9 octobre, dans la soirée, par les éclaircies d'un ciel nuageux, M. Houzeau, aide à TObservatoire de Bruxelles, parvint à faire au micromètre circulaire trois observations de la nouvelle pla- nète, et put en fixer une première position, qui fut communiquée à l'Académie, le 10. Le 7 novembre, M. Quetelet communiqua les observations faites aux instruments méridiens, les iO, 13, 15 , 20, 25 et 27 octobre, ainsi que les 5, 4 et 5 novembre; et, pendant Fimpression du Bulletin, il ajouta les observations des 10, 11, 12 et 15 novembre : les observateurs étaient MM. Bouvy, Houzeau et le directeur de l'Observatoire.
On sait comment M. Le Verrier était parvenu à sa brillante découverte : elle était due à la recherche de l'astre perturbateur qui troublait les mouvements d'Uranus, cette planète dont Fan- cienne Académie de Bruxelles avait vu la naissance. « En étu- diant la nature des perturbations éprouvées par Uranus, » disait M. Quetelet dans la séance publique du 1 7 décembre 1 846 (*), «l'astronome français, qui vient d'immortaliser son nom, a réussi à fixer avec tant de sagacité la place de Taslre perturbateur, qu'on a pu le découvrir presque instantanément à l'endroit même que lui assignait le calcul. Ainsi , pour la première fois, on a vu l'as- tronome , du fond de son cabinet , par la seule puissance de son génie et en s'aidant des trésors déjà acquis par la science , créer,
(^) Rapport sur les travaux de la classe des sciences pendant Tannée 4846.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 85
pour ainsi dire, un monde nouveau; lui assigner sa place au bout de notre système solaire, mesurer sa grandeur, son poids et calculer toutes les circonstances de son mouvement. Certes , il serait difficile de trouver un autre exemple aussi éclatant du pouvoir de rîntclligence humaine. » Le baron de Zach disait (*) que la découverte d'Dranus ferait époque dans la postérité et lui donnerait lieu d'envier plus d'une fois le siècle que la Providence en avait honoré. Ces mots enthousiastes s'appliquent bien mieux encore à la planète Le Verrier : Uranus fut trouvé par Herschel, sans qu'il le cherchât, et passa d'abord pour une comète; Neptune a été aperçu par M. Le Verrier, au bout de sa plume, selon l'expression si pittoresque d'Arago.
Pour en finir avec les comètes et les planètes , il nous reste à mentionner les communications de M. Hansen, le célèbre astro- nome de Gotha où il dirige l'Observatoire, qui avait vu briller de Zach, Lindenau et Encke. M. Hansen annonçait à la fin de 1842 ('), qu'il était parvenu à une nouvelle méthode pour calculer les perturbations absolues des planètes, et qu'il avait calculé, au moyen de cette méthode, les perturbations produites par Saturne dans le mouvement de la comète d'Encke. Un an après Q) , il faisait savoir qu'il avait terminé l'impression de son traité sur les perturbations absolues dans des orbites très-excen- triques et très-inclinées; enfin, au commencement de 184S (*), il écrivait à M. Quetelet : « Je m'occupe maintenant du second volume de mes perturbations absolues, et j'y calcule, dans un exemple numérique, les perturbations produites dans le mouve- ment de la comète d'Encke par la terre... »
Rappelons encore In lettre de M. Forbes lue à la séance du 5 août 1837. M. Forbes écrivait de Berlin, que M. Encke était
(') Dans son mémoire sur la planète Ouramu, présenté à Tancienne Académie, et que nous avons analysé. (') Séance des li-15 décembre 4842. (') Séance du S décembre 4843. (*) Séance du 4» février 484».
86 CLASSE DES SCIENCES.
parvenu à voir^ avec sa forte lunette de Fraunhofer, une divi- sion dans Tanneau extérieur de Saturne , exactement semblable à celle qui se trouve figurée dans le mémoire du capitaine Kater (tome IV des Mémoires de la Société astronomique de Londres). Cette division avait déjà été remarquée anciennement par Short et plus tard par MM. Kater et Quetelet, mais son existence avait été révoquée en doute et méritait confirmation.
Enfin, dans la séance du 2 mars 1850, J'Académie recevait de M. Meyer une note intitulée : Expression du rayon vecteur d'une planète en série suivant les cosinus des multiples de l'anomalie moyenne.
Passant aux satellites des planètes, nous nous arrêterons d'abord à la lune.
Le 3 juillet 1841 , M. Quetelet communiquait la lettre suivante de M. Stem, de Gôttingue : « M. Gauss m'a chargé de recom- mander à votre attention un phénomène curieux qui aura lieu probablement le 20 juin (1841) prochain. Vous savez peut-être que, le 5 février 1821, le célèbre Olbers a vu un point très- lumineux dans la partie obscure de la lune, et qui semblait être dans Aristarque. Selon l'hypothèse de ce grand astronome, ce point lumineux, qu'on regardait autrefois comme l'effet de l'érup- tion d'un volcan lunaire, n'est que l'image de la terre réfléchie par un grand rocher, situé dans Aristarque, et qui, par son poli, ressemble à un miroir plan. Si cette hypothèse est vraie, il faut que ce phénomène se répète toujours, quand la libration de la lune est la même ou presque la même ; et comme cela aura en effet lieu le 20 juin prochain , il sera très-intéressant de vérifier si ce point lumineux se montrera encore. » Malheureusement, dit M. Quetelet, le mauvais temps qui a régné à Bruxelles n'a pas permis de faire la vérification indiquée par l'illustre géomètre de Gôttingue.
Dans la séance du 9 février 1850, il fut donné lecture par M. Quetelet d'une lettre de M. Sanlini, directeur de l'Observa- toire de Padoue. En présentant les observations des occultations
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLT. 87
de y et de (X du Taureau qu'il avait faites avec son collègue, M. Trattenero, et dont il avait déduit la conjonction de la lune avec l'étoile, d'après la méthode de M. Garlini, de Milan, M. San- tini ajoutait : a La coïncidence des tables lunaires manuscrites de M. Carlini avec les observations, a été prouvée par une longue série d'observations méridiennes et d'occultations; elle fait dési- rer qu'il se décide à les publier, d'autant plus qu'elles sont dis- posées d'une manière analogue à ses tables solaires, qui rendent le calcul commode et expéditif. »
M. de Boguslawski écrivait à M. Quetelet, au mois de mai 4838, par rapport aux satellites de Jupiter (*) : « Depuis quelque temps une irrégularité du premier satellite de Jupiter attire mon attention. Ce satellite, dont l'éclat est toujours plus grand que celui du second, parait, au contraire, ji^/tis faible, quand il vient de quitter le disque de la planète après le passage, surtout quand son ombre se montre sur Jupiter. »
\n commencement de 1838 ('), M. Lamont annonçait qu'il avait été en état d'observer, avec la grande lunette de l'Observa- toire de Munich, le second satellite de Saturne, et qu'il avait pu en calculer les éléments. « J'ai même, » ajoutait-il, « observé le pre- mier satellite qui, je crois, ne se voit avec aucun des instruments qu'on emploie maintenant en Europe. » L'année précédente ('), sir John Herschel avait réussi, au cap de Bonne-Espérance, à obtenir des « observations décisives et régulières » du deuxième satellite, mais il avouait que, quant au premier, l'observation surpassait le pouvoir de son réflecteur. Tous les autres satellites avaient été facilement aperçus, et leurs angles de position mesurés.
Al. Lamont avait également observé à Munich trois satellites d'Uranus. Les moyennes distances du second et du quatrième (*),
(>) Séance du 2 juin 1838. (*) Séance du 10 février 1838.
(^) Lettre de sir John Herschel, en date du 8 juin 1837, communiquée par M. Quetelet dans la séance du 7 octobre 1837.
{*) Ces numéros d'ordre étaient ceux qui avaient été établis par les travaux de
88 CLASSE DBS SCIENCES.
calculées d'après ses observations, donnaient pour la masse d'Ura- nus âj^ • " Quoique celte valeur, » disîiit M. Lamont, « soîl encore sujette à quelque inexactitude qui disparaîtra bienlot par un grand nombre d'observations, il est toujours certain que la valeur trouvée par M. Bouvard, et qui est généralement adoptée à présent, est beaucoup trop grande. »
Ici encore, le réfracteur de Munich l'avait emporté sur le réflecteur de sir John Herschel : ce célèbre astronome écrivait du Cap, à la date du 3 septembre 1857 (*), qu'il n'avait pu voir que deux des six satellites d'Uranus, découverts par son père.
La grande lunette de l'Observatoire de Munich, de 4™,87 de long et de 0«>,28 d'ouverture , avait été placée en i 836. M. La- mont y avait fait adapter un micromètre construit d'après un principe nouveau, et qui, outre les distances et les angles de position , servait encore à mesurer l'intensité de la lumière des étoiles et la proportion des couleurs « avec une exactitude sur- prenante ('). » Plus tard, vers le milieu de 1843 ('), M. Lamont écrivait : a Je m'occupe maintenant de la construction d'un nouveau micromètre à double image pour notre grande lunette. Ce micromètre doit servir à mesurer les distances et les angles de position des trois satellites d'Uranus que la lunette permet de distinguer, quand les circonstances sont favorables. Il s'agit de diviser la lumière que donne l'objectif en deux parties, dont on puisse modifier l'intensité à volonté $ans en rien perdre. »
On lit dans le tome III du Cosmos de M. de Humboldt : « Il existe un singulier rapport entre les révolutions des quatre pre-
William Herschel j ils représentaient Tordre des distances des satellites à la planète. Par suite de la découverte de deux nouveaux satellites, faite en 4851 par M. Las- seli , le second et le quatrième satellite de W. Herschel sont devenus ie quatrième et le sixième. Sir John Herschel leur a donné les noms de Titania et d'Oberon. Outre ces deux satellites, M. Lamont avait observé le sixième (aujourd'hui le hui- tième).
(») Séance du iO février 1858.
(■) Ibidem.
(') Séance du 8 juillet 18i3.
RAPPORT DE M. ÉD. UAILLY. 89
miers satellites les plus proches de Saturne. La durée de la révolution du troisième satellite {Téthys) est double de celle du premier {Mimas); et la durée de la révolution du quatrième (Dioné) est double de celle du second (Eneéladé). Je dois la communication de ce rapprochement curieux à une lettre que m'a écrite sir John Herschel au mois de novembre 1845. » M. le baron Behr, ministre plénipotentiaire du roi des Belges, s'était occupé de chercher des rapports entre les quatre satellites res- tants, y compris Hypérion qui n'était pas encore connu en 1845, et il avait trouvé que la durée de la révolution du septième satellite {Hypérion) est quintuple de celle du cinquième {Rhéa)^ et la durée de la révolution du huitième {Japhet)^ quintuple aussi de celle du sixième {Titan).
Quant aux satellites de Jupiter, on savait que la durée de la révolution du premier satellite est environ la moitié de celle du second , qui n'est elle-même que la moitié à peu près du temps de la révolution du troisième satellite. M. le baron Behr trouva que la durée de la révolution du quatrième satellite vaut deux fois le temps de la révolution du troisième, plus | de la différence des darées des révolutions du deuxième et du premier.
Ces nouveaux rapports furent communiqués par M. Quetelet à l'Académie, dans la séance du 5 février 1853.
XIV
Les occultations de Saturne et de Mars par la lune. — Les passages de Mer- cure du 8 mai i845 et du 9 novembre 1848. — Les éclipses de soleil du 15 mai 1836, du 8 juillet 1842, du 25 avril 1846, du 9 octobre 1847 et du 28 juillet 1851. — Les éclipses de lune du 6 février 1841 et du 31 mai 1844. — Influence de la refraction sur les éclipses de soleil et les occul- tations des étoiles, signalée par M. Hansen.
En parcourant les Bulletins, nous rencontrons une occultation de Saturne par la lune , observée par M. Wartmann au nouvel
90 CLASSE DES SCIENCES.
Observatoire de Genève, le 13 avril 183S (*) et une oecultaiion de Mars par la lune, observée le 18 février 1837, par M. Quetelet à l'équatorial de MM. Simms et Troughton. Cet équatorial n'avait pu être placé qu'en juin 1836 (il avait été commandé en 1828. en même temps que les instruments méridiens et la pendule astronomique); la lunette avait 3 l pouces anglais d'ouverture, et le grossissement employé pour l'observation était de 144 fois. L'observation avait été entravée par un voile de légers nuages : celle de l'entrée totale paraissait mériter toute confîanee; le pre- mier contact et l'instant de la réapparition avaient été probable- ment observés un peu trop lard. L'état du ciel ne permit pas d'observer celte occultation, ni à Paris, ni à Altona : à Gôtlingue, M. Gauss observa l'entrée du second bord et la sorlie du même bord (').
L'observation du passage de Mercure sur le soleil en 1832 avait été la première observation astronomique faite à l'Obser- vatoire de Bruxelles. Les prochains passages devaient arriver le 8 mai 1845 et le 9 novembre 1848 : tous les deux furent contra- riés par le temps. Lors du premier, de légers nuages, dont le ciel fut presque constamment couvert, rendirent les observations fort incertaines; les observateurs étaient MM. Quetelet, Houzeau, Bouvy et Liagre ('). Le 9 novembre 1848, « la matinée avait été très-belle jusqu'au moment du phénomène; il se présenta alors de petits nuages qui, par leur interposition, héccssilaient, à chaque instant, des changements dans les verres destinés à éteindre partiellement la lumière solaire. Ces changements, outre qu'ils fatiguaient la vue, distrayaient nécessairement l'attention. Les lunettes avaient des grossissements de 80 à 100 fois. » Les obser- vateurs étaient MM. Quetelet, Ilouzeau et Bouvy (*).
Les éclipses de soleil qui figurent aux Bulletins sont celles
(*) Séance des 7-8 mai 1835. (■) Séance du 4- mars 1837. (>) Séance du 7 juin 18i5. {*) Séance du S décembre i 8i8.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 91
du IS mai 1836 C), du 8 juillet 1842 (*), du 2S avril 1846 ('), du 9 octobre 1847 (*) et du 28 juillet 1851 {').
L'éclipsé du 15 mai 1856 devait être annulaire et centrale pour une série de points situés sur le globe: la ligne de ces points effleurai l le nord de l'Irlande et la partie australe de TÉcosse, traversait le Danemark, descendait dans la Prusse vers Kônigs- berg, traversait la Russie et allait finir du côte de la mer Cas- pienne. L'éclipsc ne devait être que partielle pour la Belgique; néanmoins elle devait y être très-belle encore, puisqu'à Bruxelles, d'après les calculs de M. Quetelet {Annuaire de l'Observatoire pour 1836), plus des huit dixièmes (10,24 doigts) du disque disparaîtraient.
A Bruxelles, le temps fut très-favorable à l'observation de réclipsc; le disque du soleil était couvert de taches nombreuses qui furent éclipsées successivement. De même que pour le pas- sage de Mercure, du 5 mai 1832, il fut fait usage du télescope de Tartiste frison Rincks , parce que les travaux de placement de réqualorial n'étaient pas terminés. Pendant l'éclipsé, le ther- momètre baissa sensiblement.
A Louvain,M.Crahayavait «constaté soigneusement la marche de la pendule par des hauteurs correspondantes prises plusieurs jours avant et après le phénomène. Sa lunette montrait l'image du soleil parfaitement nette. » M. Crahay observa, outre le com- mencement et la fin, les instants de l'immersion et de l'émersion de plusieurs taches.
A Edimbourg, M. Forbes observa l'éclipsé annulaire. Phisieurs personnes virent distinctement, au moment de la formation de l'anneau, des jets de lumière qui perçaient entre les proéminences lunaires. « ...Mon attention, » dit M. Forbes, v était surtout
0) Séances des 4 juin, 2 juillet, 6 août 1836 et 4 mars 1837.
(') Séances des 2 juiUet, 6 août et 14-15 décembre 1842.
n Séance du 15 mai 1846.
(*) Séances du 6 juin 1846 et des 9 octobre et 6 novembre 1847.
(') Séance du 2 août 1851.
92 CLASSE DES SCIENCES.
dirigée vers rcxamen de la lumière provenant des bords du soleil, au moment et vers les approches de la période annulaire, afin de reconnaître si les lignes noires dans le spectre étaient plus nom- breuses ou plus fortes dans la lumière qui a traversé la plus grande épaisseur de l'atmosphère lunaire; ces lignes ont été regardées par sir David Brewsler et par d'autres physiciens comme dues à l'action absorbante de cette atmosphère. Un examen attentif m'a convaincu qu'il n'existait pas de différence matérielle; je ne pus en effet en reconnaître la moindre Irace; j'en conclus donc que la lumière du soleil manque originaire- ment dans les rayons. »
En Angleterre, « les astronomes qui ont pu observer le com- mencement et la fin de l'éclipsc annulaire, s'accordent sur les circonstances remarquables qu'elle a présentées. Au moment de l'entrée du bord occidental de la lune sur le soleil, on vit d'abord différents points brillants sur le disque solaire ; ces points prirent plus en plus d'étendue , en laissant entre eux de larges bandes noires. Ces bandes disparurent subitement, et l'on vit le disque de la lune avancé de 6 à 8" sur le disque solaire. A la fin de réclîpse annulaire, les mêmes apparences se manifestèrent, mais dans un ordre inverse. » A Greenwich, on n'a pu observer que la fin de l'éclipsé.
A Altona, à Bremerhaven , à Lisbonne, on nota le commence- ment et la fin de l'éclipsé. A Genève, M. Wartmann fit des obser- vations curieuses sur les images du soleil reçues à travers un carton dans lequel il avait percé différentes figures géométriques. Il constata aussi un abaissement sensible de la température : au milieu du phénomène, à 3 h. 53 m., les rayons solaires con- centrés sur de l'amadou, au moyen de lentilles d'un pouce ou deux de foyer, étaient affaiblis au point de ne pouvoir rallumer^ tandis que, avant et après Téclipse, ils y mettaient le feu instan- tanément.
Celle éclipse de soleil, celle du 8 juillet 1842 dont nous allons parler, et l'éclipsé de lune du 3i mai 1844 ont été mises à proGt
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 93
pour déterminer la longitude de TObservatoire de Bruxelles, comme nous le verrons bientôt.
L'éelipse totale de 1842 est célèbre pour avoir, la première, attiré Fattention des astronomes sur les protubérances colorées du soleil. L'éclipsé était annoncée pour le 8 juillet : dans la séance du % M. Quetelet mettait sous les yeux de l'Académie une carte de réelipse, construite par M. Liltrow, de Vienne, pour le midi de l'Europe et spécialement pour les lieux des Etats autrichiens, où réelipse devait être totale. A Bruxelles, elle durerait près de deux heures et sa grandeur serait de 0,84, en prenant pour unité le diamètre du soleil.
Le 8, <c le lever du soleil avait été fort beau » à Bruxelles; « il annonçait les circonstances les plus favorables pour le phéno- mène qui allait suivre. Cependant des nuages, chassés rapide- ment par un vent du sud, se répandirent dans le ciel, qui se trouva presque entièrement voilé quelques instants après le com- mencement de réelipse. Le ciel continua à demeurer couvert pendant tout le temps que dura le phénomène, dont il ne fut guère possible d'observer les phases qu'à travers de rares éclair- cies. C'est pendant une de ces éclaircies qu'on a pu voir la fin de réelipse, et l'on doit à une espèce de hasard les deux observations astronomiques les plus importantes, celles du commencement et de la fin. Quant aux observations de physique, il a fallu y renoncer entièrement. »
A Louvain, M. Crahay ne put « fixer l'instant d'aucune pé- riode de l'éclipsé; » à Utrecht, M. Van Rees ne vit que la fin, à travers les nuages. A Lyon , M. Bravais observa le commen- cement et la fin , et répéta l'expérience de M. Wartmann sur Kmage solaire reçue à travers un carton. A Plaisance, M. Vene- ziani aperçut à l'œil nu la Chèvre, Aldébaran, y d'Orion et la Polaire.
« Le matin du 8 juillet, M. Agassiz et M. Dezor étaient mon- tés sur le Sydelhom à une hauteur de 8000 pieds, à un endroit où ils avaient au-dessous d'eux une grande étendue du glacier
94 CLASSE DES SCIENCES.
de l'Aar, et tout autour le panorama de toutes les sommités neigeuses de ce massif de hautes montagnes. Ils représentent, comme un magnifique spectacle, Teffet de la lumière presque crépusculaire au milieu de l'éclipsé sur la glace au-dessous d'eux, sur les pics recouverts de neige environnants et le reflet sur les nuages et les vapeurs. »
L'astronome royal d'Angleterre, M. Airy, éfait allé observer l'éclipsé totale à la 5ti/7er^a^ montagne voisine de Turin. Présent à la séance de l'Académie , le 6 août, il donna quelques détails sur les circonstances du phénomène.
A Marseille, M. Valz avait pu obtenir les différentes phases de l'éclipsé totale : dans une première lettre à M. Quetelel (*), il attribuait la gloire des saints ou couronne aux échancrures des bords de la lune. «Pour expliquer,» disait-il, « la visibilité des rayons qui en sortent, il faudrait recourir à l'atmosphère du soleil ou lumière zodiacale qui s'étend au delà de la terre, à défaut de celle de la lune qui ne saurait s'étendre autant sans offrir des preuves certaines de son existence. » Dans une lettre postérieure (*), il abandonna cette explication : « J'avais, » dit-il. ce attribué la visibilité des rayons émanant des points brillants de la lune à l'atmosphère solaire; mais il me parait que c'est plutôt dans leur trajet à travers l'atmosphère terrestre, en passant dans le cône d'ombre près du spectateur, qu'ils deviennent visibles, leur extrême obliquité ne permettant pas de distinguer l'inter- valle compris jusqu'aux points lumineux, surtout dans des cir- constances d'aussi peu de durée... )) Enfin, dans une troisième lettre (') , M. Valz combat l'opinion des astronomes qui avaient prétendu expliquer par des volcans lunaires, les points brillants aperçus auprès et en dedans des bords de la lune, lors de réclipse du 8 juillet.
0) Scancedu 6 août 1842.
(*) Séance des 14-15 décembre 1842.
(*) Séance du l*' ayril 1843.
RAPPORT DE M. ÉD. MAILLY. 95
Le commencement seul de l'écIipse du 25 avril 1846 put être observé à Bruxelles.
Le mauvais temps mit complètement obstacle à l'observation de Féclipse du 9 octobre 1847. Le calcul de cette éclipse avait été présenté par M. Mailly à l'Académie dès le. mois de mai de l'année précédente (*). L'éclipsé devait être visible dans toute l'Europe; elle serait annulaire dans l'étendue dune zone ter- restre qui coupait l'Asie Mineure, la Turquie, la Hongrie, l'Al- lemagne, la Suisse, la France, et le sud de la Belgique, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. M. JVlailly s'était proposé de déterminer les principales circonstances numériques du phéno- mène pour la Belgique, et de comparer les méthodes de calcul employées à Berlin {Astronomisches Jahrbuch fur 4847) et à Greenwich (TAe Nautical Almanac for the year 1836. Appcn- dix : On éclipses, by M«*\Voodhouse), ainsi que les Ephémérides du Nautical Almanac et de la Connaissance des Temps.
En Angleterre, on ne fut pas plus heureux qu'en Belgique. Sept stations avaient été choisies à peu près dans le méridien de Greenwich , quatre au nord de cet observatoire et trois au sud. Chacune d'elles était confiée à trois observateurs munis des instruments suivants : un télescope pour observer les phases de l'éclipsé, un sextant pour prendre les distances des cornes et un chronomètre. Malheureusement, par suite du mauvais temps, on ne put apercevoir le phénomène que dans une seule station (*).
L'éclipsé de soleil du 28 juillet 1851 devait être totale à Chris- tiania, Kônigsberg, Danzig, Varsovie et Nicolajew. A Bruxelles, sa grandeur devait être 0,842 (le diamètre du soleil étant 1), ou 10,1 doigts : pendant la première partie du phénomène, le ciel fut extrêmement favorable , mais il n'en fut plus de même pour la On; de petits nuages rendirent les observations très-difficiles.
0) La notice de M. Maîlly a été insérée dans le BtUletin de la séance du 6 juin (") Séance du 6 novembre 1847. Lettre de M. Airy.
96 CLA8SB DES SCIENCES.
A Namur. le P. Maes nota les instants du commencement et de la fin au coUége de la Paix; il fit ce des observations sur le spectre solaire, à deux moments à peu près également distants de la plus grande phase. La fente était verticale. Dans la première obser- vation, la ligne qui, sur l'écran, réunissait les deux cornes était horizontale. Pas de raies dans le rouge, le jaune et l'orangé, quel- ques-unes dans le reste du spectre. Dans la seconde observation, la ligne des cornes étant devenue verticale , pas de raies dans le rouge, le jaune et Torangé. Le nombre des raies des autres cou- leurs était augmenté, surtout dans le violet.» A Liège, M. Charles Morren constata que Féclipse avait sur le monde végétal une action que ne produisent pas nos obscurités artificielles.
Les éclipses de lune dont il est fait mention dans les Bulletins sont les éclipses totales du 6 février 1841 (') et du 31 mai 1844('). Pendant la première, « des vapeurs ont presque constamment couvert la lune d'un voile léger. Les observations comportent beaucoup d'incertitude. » Lors de la seconde, « Fétat du ciel était très-favorable, et a permis de suivre toutes les phases de cet intéressant phénomène. » Nous avons déjà dit que M. Quetelet avait fait servir les observations de Féclipse du 51 mai 1844 à la détermination (approchée) de la longitude de FObservatoire de Bruxelles.
Avant de quitter ce sujet, mentionnons une lettre de M. Han- sen, communiquée à la séance du 7 avril 1838, et dont l'objet était de signaler Finfluence de la réfraction sur les éclipses du soleil et les occultations des étoiles, et la nécessité d'en tenir compte dans le calcul de ces phénomènes.
0) Séance du 6 février 48i4. (') Séance du i" juin 48U.
RAPPORT DR M. ÉD. MÀILLY. 97
XV
Les observations des nébuleuses et des étoiles doubles, faites au cap de Bonne-Espérance par sir John Herschcl. — Les étoiles changeantes. — Le photomètre de Steinheil. — Les recherches de M, Capocci et de M. Krcckc sur le moyen d'obtenir des miroirs paraboliques. — Le planisphère de Guatlerus Arsenius, construit en 1568.
On se rappellera que dans la séance du 7 décembre 1833^ M. Quetelet avait annoncé le départ de sir John Herschel pour le cap de Bonne-Espérance, où il comptait séjourner plusieurs années. L'Académie fut tenue au courant des travaux de l'illustre savant. Nous avons déjà parlé des observations relatives aux satel- lites de Saturne et d'Uranus : dans la lettre du 8 juin i837 où il était question des satellites de Saturne, sir John Herschel annon- çait que les observations des nébuleuses et des étoiles doubles avaient été très-nombreuses. « Les étoiles nébuleuses planétaires sont surtout remarquables, » disait sir John, c( et leur nombre est beaucoup plus grand que je ne m'y attendais. Toutes diffèrent beaucoup des nébuleuses ordinaires et deux ou trois ressemblent tellement à des planètes, qu'elles tromperaient même un obser- vateur exercé à qui on les montrerait comme telles... »
Le Bulletin de la séance du 2 décembre i837 renferme la communication suivante de M. Quetelet : a Le retour de sir John Herschel en Europe parait fixé au mois de juin prochain. Déjà les mesures micrométriques d'environ 400 étoiles doubles prises avec l'équatorial de sept pieds , et la première partie du catalogue des nébuleuses et des étoiles doubles du ciel austral , observées par l'astronome anglais, ont été envoyées en Europe; cette partie, comprenant les six premières heures, donne les posi- tions de 6S4 nébuleuses et de 475 étoiles doubles... »
Les Bulletins renferment peu de communications relatives aux étoiles : après celles dont nous venons de parler, nous trou vous,
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98 CLASSE DES SaENCBS.
à la date du S mars 1842^ une lettre de M. de Boguslawski (du <8 février) sur deux étoiles changeantes : « ... La période delà variation de la lumière de « de Cassiopée, » dit rasironomc de Breslau, « parait être plus longue qu'on ne Tavait eru jusquiei. On la jugeait de 225 jours et par conséquent on devait attendre le plus grand éclat le 22 mai 1841 et le 2 janvier 1842. Mes observations n'ont laissé aucun doute que les phases n'aient eu lieu le 27 mai 1841 et le 14 janvier 1842, et que le changement de lumière ne reste dans des limites assez étroites : de plus, ce changement ne parait pas s'effectuer toujours de la même ma- nière. Omicron de la Baleine ou Mira ne semblait pas avoir atteint encore, il y a huit jours, sa plus faible lumière, quoique se montrant déjà comme une étoile de onzième grandeur. »
Dans la séance du 6 novembre 1 847, l'Académie apprenait^ par une lettre de M. P. Smyth, directeur de l'Observatoire d'Edim- bourg, que le capitaine Jacob, <c actuellement aux Indes,» avait reconnu que l'étoile v Scorpii était devenue double, et que M. Dawes s'était empressé d'en prendre des mesures micromé- triques.
Comme complément de ce que nous disions tout à l'heure des étoiles changeantes , nous signalerons le photomètre de M. Steiu- heil, de Munich , dont il fut question dans la séance du 2 juillet <842 : « M. Steinheil, » écrivait M. de Martius, « a terminé la construction de son photomètre, instrument décrit dans nos Mémoires (de l'Académie royale de Munich), mais qu'il a encore modifié, surtout sous le rapport de la mobilité des miroirs, pen- dant que le tuyau reste immobile. Le premier instrument achevé sera placé dans l'Observatoire de Vienne, où M. Littrow s'est pro- posé d'établir un système d'observations sur l'intensité de la lumière des étoiles (*). »
(*) On trouvera dans le Bulletin de la séance du 7 avril 1838, la description d'un photomètre de M. Capocci, directeur de TObservatoire de Naplcs, ainsi que celle d'un micromètre électrique, du même astronome , et qui sert à observer les astres dont la lumière trop peUtc ne permet pas de les observer aux fils ordinaires éclairés par une lampe.
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« M. Steinheil dont l'esprit inventeur est toujours actifs » ajoutait M. de Martius^ <( a réussi dernièrement à copier, par la galvanoplastie, des miroirs de télescopes astronomiques, et il les a dorés ensuite à différents degrés. Il est , me dit-il , presque sur que la facilité de construire de pareils miroirs donnera un nouvel élan à la caloptrique qui, en Allemagne, a été presque universellement négligée... »
Puisque nous parlons de miroirs, rappelons les recherches de M. Capocci sur le moyen d'obtenir, à peu de frais, de grands miroirs parfaits, même paraboliques : a Je pense, » disait Tastro- nome de Naples ('), i< que si Ton donnait un mouvement de rota- tion convenable à une boîte circulaire remplie de mercure, el que ce mouvement fût bien exécuté et uniforme, il unirait par faire disposer la surface du liquide de manière à rassembler par- faitement les rayons réfléchis en un point, qui se trouverait à une plus ou moins grande distance sur la perpendiculaire élevée à son centre. En ce point on placerait un oculaire qui, étant à une grande distance du miroir, pourrait donner de forts grossisse- ments. On y ajouterait un miroir plan percé vers le milieu, pour renvoyer la lumière des astres sur le miroir fluide, lorsqu'ils se trouveraient en tout autre point du ciel que le zénith. Quand même un pareil instrument ne pourrait servir qu'à voir un seul instant une étoile (a de la Lyre, par exemple) ou une nébuleuse à son passage au zénith, mais avec un très-fort grossissemeni , cela vaudrait bien la peine d'avoir un télescope d'un genre aussi nouveau. Au surplus, la chose mérite, me parait-il, d'être essayée. »
M. Krecke, docteur en sciences, attaché à l'Observatoire météorologique d'Utrecht, avait été conduit à la même idée que M. Capocci ('), par l'expérience suivante qu'il avait faite dans une de ses leçons, au commencement de l'hiver de 1850. « Un
(*) Séance da 2 novembre 1850. (') Séance du 7 mai 4851.
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bassin rempli de mercure était suspendu^ » dit-il. « dans une position horizontale, à une corde mince fortement tordue: en mettant ce bassin en liberté, il commença à tourner rapidement autour d'une ligne verticale ; sous Tinfluence simultanée de la force centrifuge et de la pesanteur, la surface du mercure pril une forme parabolique, et les belles images des candélabres à gaz attirèrent mon attention. En réfléchissant un instant au moyen de retenir ce miroir liquide dans sa forme parabolique, il me vint dans la pensée de fondre un métal dans un moule ou bassin tour- nant autour d'un axe vertical : le métal doit prendre alors la forme parabolique, et en refroidissant, pendant que le moule tourne régulièrement, la surface doit conserver la forme dési- rée. » Ici M. Krecke fait connaître la manière dont il a réalisé ce projet : u Je n'ai pas encore bien réussi dans mes expé- riences, )> ajoute-t-il, « les moyens qui sont à ma disposition sont très-imparfaits... Je pense que cette communication aura quelque intérêt, parce qu'elle peut conduire à la confection de grands miroirs paraboliques. »
Dans la lettre à M. Quetelet, où il était question des miroirs paraboliques, M. Capocci disait encore : « ... Je possède une espèce de planisphère en métal, une sorte de disque qu'on sus- pend par un anneau et qui a quatre plaques de rechange corres- pondant aux différentes latitudes de l'Europe ; il a été construit chez vous il y a trois siècles, car on y lit : Guatlerus Arsenim Gemmœ Frisii nepos Lovanii fecit 1568... Si cet instrument pouvait présenter quelque intérêt à vous ou à votre illustre Aca- démie, je serais charmé de pouvoir vous l'offrir. »
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XVI
I^ note de M. Liagre sur les oscillations du niveau à bulle d*air. — La lettre de M. Belli sur le même sujet. — La note de M. Montigny sur des fluc- tuations de la bulle des niveaux, observées par M. d*Abbadie. — Le mémoire de M. Liagre sur les corrections de la lunette méridienne. — Les remarques de M. Mailly sur la partie de ce mémoire qui traitait de la collimation. — Reprise de la question par M. Liagre. — Note de M. Hou- zeau sur les corrections de Téquatorial.
La première communication qui fut faite à l'Académie par M. Liagre se rapporte aux oscillations du niveau à bulle d'air (*) : « J'ai l'honneur^ w disait M. Liagre, « de soumettre à rAcadémie quelques remarques relatives aux déplacements qu'éprouve la bulle d'un niveau fixé sur un plan horizontal immobile., lorsqu'une des extrémités de cette bulle vient à rece- voir une température supérieure à celle de l'autre. On est géné- ralement d'accord, lorsqu'on observe un changement quelconque dans l'indication du niveau adapté à un instrument, à en rendre responsable l'instniment lui-même, regardant comme infaillible la marche de la bulle... Mon désir est d'être utile à ceux qui se servent du niveau à bulle d'air comme instrument de précision, en leur inspirant de la défiance dans son maniement, et de les mettre en garde contre des erreurs qui , dans des circonstances ordinaires, s'élèvent facilement à plusieurs secondes, et, dans des cas extrêmes, à une minute et au delà. En substance, ma remarque peut se formuler en ces quelques mots : Un niveau à bulle d'air très-bon et très-sensible étant calé sur un plan in- variable, si l'une des extrémités de sa bulle vient à se trouver en présence d'une température supérieure à celle de l'autre cxlrémilé, la bulle tout entière marche du côté d'où émane la
(*) Cette note fut présentée à la séance du 5 octobre 4844 ; elle figure au Bulletin de la séance du 2 novembre.
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chaleur — ... J'ai cherché vainement à me donner à moi-même une cxplioalion complètement satisfaisante du phénomène... Je me suis donc borné à tâcher de remédier à un défaut qui enlève une grande partie de ses avantages à un instrument précieux. Le moyen que je vais proposer me semble résoudre le problème aussi complètement que possible... Il consiste à entourer la bulle de tous les côtés d'une égale quantité de liquide.au milieu duquel elle peut être considérée comme nageant; elle est soustraite ainsi dans toute sa longueur aux brusques inégalités de température, par la conductibilité du liquide ambiant... Je recommanderai [encore] de ne pas employer [le niveau] lorsqu'il vient d'être transporté d'un lieu chaud dans un lieu froid ou réciproque- ment... » M. Liagre attribue au niveau les écarts auxquels sont sujettes les observations de latitude faites à Taide du cercle répé- titeur. « Il faut éviter de faire de pareilles observations dans un lieu fermé, à travers une ouverture étroite; car il s'établit alors un courant d'air qui, venant frapper l'une des extrémités de la bulle du niveau, la déplace nécessairement. »
M M. Quetelet, » ajoutait M. Liagre, c< lorsque je lui ai parlé du fait en question, m'a appris qu'il avait observé le même phé- nomène il y a dix ans, pendant qu'il était occupé à déterminer la latitude de Bruxelles au moyen du cercle répétiteur (*), mais qu'il n'avait pas insisté sur cette singularité, parce qu'il croyait l'avoir vue rapportée dans un écrit dont le titre lui échappe aujourd'hui... » Or, vers le mois de juin 1845, M. J. Belli, pro- fesseur à l'Université de Pavie, écrivait au secrétaire perpcliiei de l'Académie : (') «... Je lis dans la note même de M. Liagre que vous croyez avoir vu [le] fait [qu'il rapporte] cité dans un